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16 décembre 2019 1 16 /12 /décembre /2019 17:23

Le magazine Time vient de désigner Greta Thunberg personnalité de l’année 2019. Voilà qui laisse songeur.

Greta Thunberg est le symptôme d’une époque où la raison et la modération n’ont plus leur place dans la conduite du monde.

On vit une époque d’émotion, d’images chocs et de tweets qui condamnent la réflexion et le fond au profit de la forme. Il faut être percutant, heurter, interpeller et tant pis si on fait l’économie de l’argumentation, du raisonnement, de la preuve – de l’intelligence en somme.

Greta Thunberg est l’image dans le miroir de Trump : aussi outrancière, aussi insupportable, sauf qu’elle défend une bonne cause. Alors on ne dit rien, voire pire : on l’invite à s’exprimer à la tribune de l’ONU (pas à la fête des voisins ou à une fête d’école, non à l’ONU !) et on la canonise en personnalité de l’année.

L’écologie punitive et les bonimenteurs de la décroissance ont donc encore de beaux jours devant eux. Pourtant l’environnement est une affaire est trop sérieuse pour être laissée à des adolescentes excitées ou à des pseudo-intellectuels en goguette.

Il est impératif de nous convertir à l’écologie. Convertir vient du latin convertere : « se tourner vers ». Mais ce que nous propose Greta et ses copains n’est plus ou moins qu’un virage à 180°. Greta Thunberg et ses amis sont d’authentiques réactionnaires : des gens qui veulent arrêter la marche du monde, parce qu’il leur échappe et qu’ils ne le comprennent pas, pour revenir à un « avant » fantasmé. Mais le monde est mouvement et l’avenir de la planète n’est pas dans les lampes à huile et la marine à voile pour paraphraser le Général de Gaulle.

La conversion écologique ne viendra pas de Greta Thunberg. Elle viendra des entreprises qui sont le vecteur du changement par l’innovation et du poids des opinions publiques. Encore faut-il qu’il y ait une opinion publique : quid de l’écologie en Chine, en Turquie ou en Russie par exemple, pour ne citer que ceux-là ?

Moralité : s’il faut qu’il y ait une opinion publique, il nous faut bien supporter Greta Thunberg. Disons-nous que c’est notre punition pour avoir trop souillé notre planète. Oui, c’est bien sévère…

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18 novembre 2019 1 18 /11 /novembre /2019 16:12

Bruno Le Maire, le ministre de l’économie, s’est dit ouvert à la reprise par l’Etat (en fait par vous et moi) de la dette de l’hôpital public, soit environ 30 milliards d’euro.

30 milliards de plus ou de moins, ce n’est certes qu’une goutte d’eau dans l’océan de la dette publique. La dette de l’hôpital représente à peine 1,5% de la dette cumulée de la France (Etat, collectivités, sécurité sociale). Une dette qui culmine ces derniers temps autour des 2400 milliards d’euro sans jamais s’arrêter de grossir.

Cette dette, c’est la nôtre. C’est surtout celle de nos enfants, de leurs enfants, et certainement de plusieurs générations à suivre. Joli cadeau. Elle atteint le chiffre symbolique de 100% du PIB de la France. Son montant a explosé ces dix dernières années, dans la foulée de la crise de 2008. Surtout, cette dette semble impossible à maîtriser puisqu’elle ne fait jamais qu’augmenter.

L’annonce de Bruno Le Maire est symptomatique de notre époque.

Elle illustre les difficultés d’un système à bout de souffle qui n’a jamais su se réformer et s’endette pour faire face à des engagements impossibles à tenir.

Elle témoigne de l’illusion de l’Etat thaumaturge qui « règle » les problèmes en les prenant à son compte. Rappelons-nous avec Frédéric Bastiat que « l’Etat est la grande fiction à travers chacun essaie de vivre aux dépens de tous les autres » : l’Etat n’existe pas en dehors de ses contribuables.

Hôpital, dépenses sociales, régimes publics spéciaux de retraites, dépense publique… La seule réponse des politiques n’est jamais que celle de la fuite en avant : de la dette, encore de la dette, toujours de la dette. Cependant, on n’a jamais vu personne courir bien longtemps avec la tête enfouie dans le sable.

On amuse le peuple en lui faisant croire qu’on le soulage. On fait l’économie temporaire de la mise en œuvre de remèdes qui seront d’autant plus douloureux qu’on aura laissé la maladie prospérer. On amplifie les problèmes à venir.

La folie de l’endettement public est une bombe à retardement qui va finir un jour par nous sauter à la figure.

Comment ferons-nous face ? Par de nouvelles dettes ? Pourquoi pas, après tout ? Nous vivons en effet une période déconcertante et révélatrice de taux d’intérêts négatifs. Cela signifie en langage profane : demain ne vaut rien, brûlons tout, maintenant et tout de suite. Continuons donc à faire de la dette ! Pour le reste, et notamment pour les générations futures, n’oublions pas l’adage de Keynes : « Sur le long terme, nous sommes tous morts. »

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11 novembre 2019 1 11 /11 /novembre /2019 16:01

Houellebecq n’avait pas vu juste. La trahison n’est pas venue de Bayrou. Elle est venue de la gauche de la gauche. Celle qui porte au pinacle Jaurès, Briand (initiateur de la loi de 1905) et même le petit père Combes vient chercher docilement la becquée et mange, inconsciente et toute honte bue, dans la main de l’islam politique. Les accents de Mélenchon hier n’étaient pas sans rappeler ceux de Darnan ou de Laval au pires heures de la forfaiture. Messieurs, vos ancêtres bouffaient du curé. Soyez dignes d’eux et mangez de l’imam, nom de Dieu ! Mangez de l’imam avant qu’il ne vous mange.

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26 septembre 2019 4 26 /09 /septembre /2019 17:49

Jacques Chirac est décédé. Un symbole de l’ancien monde disparaît. Chirac était un peu la synthèse de tout ce que les Français ont sanctionné aux dernières élections présidentielles.

 

Son seul fait d’armes, qui n’est pas mince il faut le reconnaître, c’est d’avoir résisté aux sirènes américaines et anglaises lors de la catastrophique guerre en Irak.

 

Pour le reste, Chirac aura tout aimé et tout trahi au gré des vents et de ses ambitions. Des accents socialisants de l’appel de Cochin au pseudo-tatchérisme de 1986, il aura embrassé un large éventail de « convictions », allant même jusqu’à oser déclarer le libéralisme était pire que le communisme ! Artisan de la victoire de la gauche en 1997 après avoir tourné le dos à ses engagements de la présidentielle de 1995, Chirac décide alors de faire ce qui lui permettra de se maintenir douze ans à l'Elysée : rien.

 

Chirac était un éminent produit de l’ancienne école : un étatiste sympathique, qui n’avait pas son pareil pour flatter le cul des vaches. C’était un temps béni où les Français pardonnaient beaucoup à leurs politiques parce qu’au final ils arrivaient encore à s’en sortir. Un temps béni où l’on tolérait que les politiques sentent un peu le soufre. Un temps béni où les politiques de tous bords ont grillé les cartouches de la maison France sans jamais s’attaquer aux problèmes (retraites, chômage, déficits publics…) qui nous sautent à la figure aujourd’hui. Il est, avec ses contemporains, l’un des fossoyeurs de l’ancien monde.

 

Au fond, la plus grande réussite de Chirac c’était l’immobilisme. Requiescat in pace.

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19 septembre 2019 4 19 /09 /septembre /2019 16:11

Aujourd’hui s’ouvre à Bobigny le procès de Mélenchon suite à ses incartades lors des perquisitions menées l’an passé notamment au siège de la France Insoumise.

Il est vrai que Mélenchon est presque devenu un non-sujet. Son score anormalement élevé lors de l’élection présidentielle (mais comment s’appelait déjà l’autre candidat socialiste ?...) a pu faire illusion (voire peur) un moment mais depuis cet accident historique, LFI et son lider maximo d’opérette pataugent gentiment, plus occupés par les querelles intestines et l’ego du chef que par le destin d’une classe ouvrière qui ne les a jamais rejoints.

Il serait bon que les juges amenés à se prononcer sur les agissements de Mélenchon soient sévères. Certes l’homme est un clown et on pourrait avoir tendance à rire de ses excès ou à minimiser ses pantalonnades. Sur le fond, Mélenchon n’a qu’un objectif : jouer son rôle de trublion. Comme Le-Pen-le-père, il ne souhaite pas le pouvoir. Il serait bien ennuyé s’il lui échoyait un jour : il ne saurait pas quoi en faire. En restant en permanence en dehors du jeu, il a tout loisir de critiquer, gloser, vomir sur le système (qui par ailleurs le nourrit) : sa situation est extrêmement confortable.

Cependant, Mélenchon franchit trop souvent les barrières de l’acceptable, nourrit des amitiés honteuses avec d’authentiques dictatures (Cuba ou le Venezuela) et participe d’un esprit de sape de notre système démocratique dommageable à tous les défenseurs de notre modèle de pouvoir basé sur les libres élections, la séparation des pouvoirs et le suffrage universel.

Dans « How democracies die » (Broadway Books - 2018), Daniel Ziblatt et Steven Levitsky, professeurs de sciences politiques à Harvard, décortiquent la façon dont des régimes démocratiques basculent dans l’autoritarisme. Ils s’alarment notamment (dans l’Amérique contemporaine mais leur analyse vaut pour notre vieille Europe) de la montée de l’intolérance et du rejet des autres compétiteurs pour le pouvoir qui font que ceux que l’on considérait comme des adversaires deviennent des ennemis. Les adversaires sont nécessaires en démocratie, alors qu’on doit se débarrasser de ses ennemis, fût-ce de manière expéditive.

Ils écrivent notamment : « Le processus commence souvent par des mots. Les démagogues attaquent ceux qui les critiquent dans des termes brutaux et provocateurs (…). Lors de sa première candidature pour la présidence, Hugo Chavez [l’idole de Mélenchon] décrivait ses opposants comme « d’immondes porcs » et « d’ignobles oligarques ». Une fois au pouvoir, ses critiques étaient devenus des « ennemis » et des « traîtres ». » On connaît la suite.

Ziblatt et Levitsky ont mis sur pied une grille d’analyse pour jauger l’appétence des hommes politiques à l’autoritarisme. Pour eux, il suffit qu’un seul des quatre critères suivants soit rempli pour se trouver en présence d’un candidat à l’autoritarisme :

  • Rejeter ou défendre mollement les règles du jeu démocratique et notamment contester le résultat des élections,
  • Nier la légitimité des opposants,
  • Tolérer ou encourager la violence des mots ou des actes,
  • Être prêt à restreindre la liberté des opposants, dont celle des media.

On peut difficilement les suspecter d’avoir commis un libelle anti-Mélenchon, cependant le parallèle est évocateur.

Le comportement de Mélenchon lors du jour qui lui vaut aujourd’hui son procès est celui d’un apprenti-sorcier qui aime trop jouer avec le feu pour ne pas être soupçonné de pyromanie. Si les juges décidaient de marquer le coup, c’est notre démocratie qui se porterait mieux.

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10 septembre 2019 2 10 /09 /septembre /2019 16:03

La question, qui vaut également pour la gauche, peut surprendre tant la réponse par la négative semble s’imposer dans les décombres d’une droite en pleine déconfiture.

On a accusé la ligne « dure » de Wauquiez. Soit. Mais si la ligne « modérée » de LR avait dirigé le parti, le marasme actuel ne serait pas différent, pour deux raisons.

 

La première raison est que la droite paie sa nullité, son incapacité à gouverner la France.

Elle partage en cela dans les urnes le même traitement que le Parti Socialiste. Les électeurs ont voté avec leurs pieds. Ils ont pris acte de l’incapacité des gouvernants successifs, de droite et de gauche, à mettre la France sur les rails de la réussite.

Le succès de Macron est avant tout l’échec des partis de gouvernement traditionnels, de ce qui est devenu l’ancien monde. Si l’on fait le compte depuis 1981, 5 ans à gauche, 2 ans à droite, re-5 ans à gauche, puis 4 ans à droite, re-re-5 ans à gauche, puis 10 à droite et enfin, ça en devient une manie, de nouveau 5 ans à gauche. Les Français, en élisant Emmanuel Macron, ont simplement sanctionné ceux qui, pendant plus de 35 ans, leur ont tout promis puis tout repris, se sont reniés, ont trahi, sans jamais un jour se soucier de l’avenir du bateau France.

Ils ont sorti les sortants en portant raisonnablement leur choix sur un homme sensé, en refusant qu’un excité, de droite ou de gauche, n’emmène leur pays en terre aventureuse. Mais cette digue de bon sens pourrait un jour céder.

 

La seconde raison est que la droite « non-dure » est déjà chez Macron, qu’elle le reconnaisse ou non. Sur les plans économique et social, Macron a fait ce que beaucoup d’élus de droite avaient promis de faire sans jamais passer à l’acte, ce qu’aucun gouvernement de droite n’aurait osé faire. Quelle est, pour cette frange de gens plutôt libéraux sur le plan économique et sociétal, la valeur ajoutée qu’apporte la droite ? Aucune. La droite est décrédibilisée. La droite s’est décrédibilisée, elle-même, à force de turpitudes et de renoncement. Pourquoi choisir ceux-ci qui n’ont jamais tenu un engagement plutôt que celui-là qui n’a pas encore eu le temps de se renier et semble au contraire vouloir maintenir le cap. La droite a perdu tout avantage concurrentiel.

 

Existe-t-il donc un espace politique pour la droite de gouvernement ? Les opposants de droite à Emmanuel Macron, qui ont bien du mal à trouver une raison de s’opposer, ont parlé à tout bout de champ du « régalien », en prenant soin d’ailleurs de ne jamais le définir. Car, qu’est-ce que le « régalien », sinon l’exercice des fonctions régaliennes de l’Etat : monnaie, police, justice, défense.

Sur la monnaie, la France a confié à l’Europe ses fonctions régaliennes. Quant aux autres sujets, police, justice, défense, quelle voix a porté la droite ?

Ce n’est pas en agitant le chiffon rouge d’un « régalien » plutôt vide de sens que la droite retrouvera son souffle.

Ce n’est pas dans le domaine économique, où Macron-le-libéral, ne fait qu’appliquer ce que la droite a longtemps promis sans jamais oser tenir ses promesses.

 

Au fond, Macron ne fait que mettre en œuvre une politique raisonnable d’adaptation à la réalité du monde tel qu’il est. Cette politique devrait, a minima, faire consensus entre tous les compétiteurs (sérieux) pour le pouvoir. On peut avoir un avis sur le degré de la politique économique de Macron, trouver qu’il ne va pas assez vite, ou pas assez fort (ou le contraire si on est de gauche), mais on ne devrait trouver aucune différence de nature dans l’éventail politique des partis de gouvernement parce que la voie qu’il suit est le seul chemin empruntable. Les chimères socialisantes qui semblent malheureusement refaire florès dans les débris de la gauche n’ont jamais mené qu’à l’échec (et aux succès de l’extrême-droite). Notre pays n’a pas le choix d’une politique économique libérale et d’une ouverture sur le monde, soit dans une version social-démocrate, soit dans une version plus conservatrice. Que d’énergie économisée si les compétiteurs pour le pouvoir avaient l’honnêteté intellectuelle de le reconnaître !

Notre pays doit en effet être géré convenablement pour ne pas laisser filer déficits et dettes publiques. Nous avons donc besoin de gestionnaires. C’est un fait.

Mais la politique n’est pas de la gestion. La politique, c’est l’horizon, pas le comptage des gommes et des crayons.

 

C’est dans la définition d’un projet de société que la droite pourrait affirmer sa différence et trouver des pistes pour exister.

 

Emmanuel Macron, ratissant à gauche et à droite, ne peut pas formuler un projet de société cohérent.

Nous avons avec Macron avant toute chose un gouvernement de comptables, qui gère les masses, qui répartit la pénurie, qui essaie tant bien que mal de tendre vers certains équilibres budgétaires, qui essaie de progresser avec bon sens et pragmatisme. Mais de projet, point. De projet commun. De sens à l’action. D’objectif non chiffré. De ce pour quoi on demande aux gens d’aller travailler et de payer des impôts. De ce que nous voulons faire ensemble de notre beau pays. De sa grandeur. De notre avenir.

 

On nous parle, et cela est indispensable, de réforme du marché du travail, de réforme des retraites, de réforme à la SNCF, de réforme à l’école, mais on n’inscrit jamais cette démarche dans une perspective globale que l’on pourrait résumer dans ces quelques mots : qu’est-ce qui fait un pays ?

 

Dans un récent ouvrage, « La Demeure des Hommes » (éd. Tallandier), Paul-François SCHIRA s’interroge sur cette question, qui peut sembler secondaire (on ne parle pas de budget, de taxes, d’impôts ou de prestations sociales) mais qui est en fait primordiale car elle constitue la fondation sur laquelle l’édifice tout entier d’un pays repose : que faisons-nous ensemble ?

Sur la capacité à répondre à cette triple quête de sens, d’appartenance et de reconnaissance, la droite (et la gauche d’ailleurs) peut proposer un discours novateur et rassembleur.

Le « vivre ensemble » dont on nous rebat les oreilles ressemble un peu aux mots « démocratique et populaire » immanquablement accolés aux anciennes dictatures communistes. On en parle beaucoup pour combler son indéniable absence.

Combien je verse ? Combien je touche ? Voilà ce à quoi se résume tristement notre pays sans idées, en témoignent les difficultés endémiques de consentement à l’impôt et la revendication pour son groupe social de l’orientation de la dépense publique.

 

Il manque nécessairement à LREM du souffle, une vision, un projet. L’avenir politique de notre pays ne peut être laissé aux mains des gestionnaires, même si, à ce jour, nous avons grand besoin de gestionnaires capables de remettre de l’ordre dans 40 ans d’inconséquence de droite et de gauche.

 

Partager une vision, donner envie, proposer aux Français un projet loin des utopies et des chimères, voilà quel est à mon sens le chemin d’une droite condamnée sinon à disparaître.

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26 janvier 2019 6 26 /01 /janvier /2019 08:46

Le texte de Frédéric Bastiat, écrit en 1848, est d'une incroyable modernité. Si les exemples qu'il cite ont bien pris quelques rides, l'esprit est là : actuel parce qu'intemporel et d'un bon sens désarmant. Une contribution intelligente au grand débat. Prenez le temps de le lire. 

 

"Je voudrais qu’on fondât un prix, non de cinq cents francs, mais d’un million, avec couronnes, croix et rubans, en faveur de celui qui donnerait une bonne, simple et intelligible définition de ce mot : l’État.

Quel immense service ne rendrait-il pas à la société !

L’État ! Qu’est-ce ? Où est-il ? Que fait-il ? Que devrait-il faire ?

 

Tout ce que nous en savons, c’est que c’est un personnage mystérieux, et assurément le plus sollicité, le plus tourmenté, le plus affairé, le plus conseillé, le plus accusé, le plus invoqué et le plus provoqué qu’il y ait au monde.

 

Car, Monsieur, je n’ai pas l’honneur de vous connaître, mais je gage dix contre un que depuis six mois vous faites des utopies ; et si vous en faites, je gage dix contre un que vous chargez l’État de les réaliser.

Et vous, Madame, je suis sûr que vous désirez du fond du cœur guérir tous les maux de la triste humanité, et que vous n’y seriez nullement embarrassée si l’État voulait seulement s’y prêter.

 

Mais, hélas ! le malheureux, comme Figaro, ne sait ni qui entendre, ni de quel côté se tourner. Les cent mille bouches de la presse et de la tribune lui crient à la fois :

« Organisez le travail et les travailleurs.

Extirpez l’égoïsme.

Réprimez l’insolence et la tyrannie du capital.

Faites des expériences sur le fumier et sur les œufs.

Sillonnez le pays de chemins de fer.

Irriguez les plaines.

Boisez les montagnes.

Fondez des fermes-modèles.

Fondez des ateliers harmoniques.

Colonisez l’Algérie.

Allaitez les enfants.

Instruisez la jeunesse.

Secourez la vieillesse.

Envoyez dans les campagnes les habitants des villes.

Pondérez les profits de toutes les industries.

Prêtez de l’argent, et sans intérêt, à ceux qui en désirent.

Affranchissez l’Italie, la Pologne et la Hongrie.

Élevez et perfectionnez le cheval de selle.

Encouragez l’art, formez-nous des musiciens et des danseuses.

Prohibez le commerce et, du même coup, créez une marine marchande.

Découvrez la vérité et jetez dans nos têtes un grain de raison. L’État a pour mission d’éclairer, de développer, d’agrandir, de fortifier, de spiritualiser et de sanctifier l’âme des peuples. »

 

— « Eh ! Messieurs, un peu de patience, répond l’État, d’un air piteux. 

« J’essaierai de vous satisfaire, mais pour cela il me faut quelques ressources. J’ai préparé des projets concernant cinq ou six impôts tout nouveaux et les plus bénins du monde. Vous verrez quel plaisir on a à les payer. »

 

Mais alors un grand cri s’élève : « Haro ! haro ! le beau mérite de faire quelque chose avec des ressources ! Il ne vaudrait pas la peine de s’appeler l’État. Loin de nous frapper de nouvelles taxes, nous vous sommons de retirer les anciennes. Supprimez :

L’impôt du sel ;

L’impôt des boissons ;

L’impôt des lettres ;

L’octroi ;

Les patentes ;

Les prestations. »

 

Au milieu de ce tumulte, et après que le pays a changé deux ou trois fois son État pour n’avoir pas satisfait à toutes ces demandes, j’ai voulu faire observer qu’elles étaient contradictoires. De quoi me suis-je avisé, bon Dieu ! ne pouvais-je garder pour moi cette malencontreuse remarque ?

Me voilà discrédité à tout jamais ; et il est maintenant reçu que je suis un homme sans cœur et sans entrailles, un philosophe sec, un individualiste, un bourgeois, et, pour tout dire en un mot, un économiste de l’école anglaise ou américaine.

 

Oh ! pardonnez-moi, écrivains sublimes, que rien n’arrête, pas même les contradictions. J’ai tort, sans doute, et je me rétracte de grand cœur. Je ne demande pas mieux, soyez-en sûrs, que vous ayez vraiment découvert, en dehors de nous, un être bienfaisant et inépuisable, s’appelant l’État, qui ait du pain pour toutes les bouches, du travail pour tous les bras, des capitaux pour toutes les entreprises, du crédit pour tous les projets, de l’huile pour toutes les plaies, du baume pour toutes les souffrances, des conseils pour toutes les perplexités, des solutions pour tous les doutes, des vérités pour toutes les intelligences, des distractions pour tous les ennuis, du lait pour l’enfance, du vin pour la vieillesse, qui pourvoie à tous nos besoins, prévienne tous nos désirs, satisfasse toutes nos curiosités, redresse toutes nos erreurs, répare toutes nos fautes, et nous dispense tous désormais de prévoyance, de prudence, de jugement, de sagacité, d’expérience, d’ordre, d’économie, de tempérance et d’activité.

 

Et pourquoi ne le désirerais-je pas ? Dieu me pardonne, plus j’y réfléchis, plus je trouve que la chose est commode, et il me tarde d’avoir, moi aussi, à ma portée, cette source intarissable de richesses et de lumières, ce médecin universel, ce trésor sans fond, ce conseiller infaillible que vous nommez l’État.

 

 

Aussi je demande qu’on me le montre, qu’on me le définisse, et c’est pourquoi je propose la fondation d’un prix pour le premier qui découvrira ce phénix. Car enfin, on m’accordera bien que cette découverte précieuse n’a pas encore été faite, puisque, jusqu’ici, tout ce qui se présente sous le nom d’État, le peuple le renverse aussitôt, précisément parce qu’il ne remplit pas les conditions quelque peu contradictoires du programme.

 

Faut-il le dire ? Je crains que nous ne soyons, à cet égard, dupes d’une des plus bizarres illusions qui se soient jamais emparées de l’esprit humain.

 

La plupart, la presque totalité des choses qui peuvent nous procurer une satisfaction, ou nous délivrer d’une souffrance, doivent être achetées par un effort, une peine. Or à toutes les époques, on a pu remarquer chez les hommes un triste penchant à séparer en deux ce lot complexe de la vie, gardant pour eux la satisfaction et rejetant la peine sur autrui. Ce fut l’objet de l’esclavage ; c’est encore l’objet de la spoliation, quelque forme qu’elle prenne, abus monstrueux, mais conséquent, on ne peut le nier, avec le but qui leur a donné naissance.

L’esclavage a disparu, grâce au ciel, et la spoliation directe et naïve n’est pas facile. Une seule chose est restée, ce malheureux penchant primitif à faire deux parts des conditions de la vie. Il ne s’agissait plus que de trouver le bouc émissaire sur qui en rejeter la portion fatigante et onéreuse. L’État s’est présenté fort à propos.

 

Donc, en attendant une autre définition, voici la mienne :

 

L’Étatc’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde.

 

Car, aujourd’hui comme autrefois, chacun, un peu plus, un peu moins, voudrait bien profiter du travail d’autrui. Ce sentiment, on n’ose l’afficher, on se le dissimule à soi-même ; et alors que fait-on ? On imagine un intermédiaire, on s’adresse à l’État, et chaque classe tour à tour vient lui dire : « Vous qui pouvez prendre loyalement, honnêtement, prenez au public, et nous partagerons. » Hélas ! l’État n’a que trop de pente à suivre le diabolique conseil ; car il est composé de ministres, de fonctionnaires, d’hommes enfin, qui, comme tous les hommes, portent au cœur le désir et saisissent toujours avec empressement l’occasion de voir grandir leurs richesses et leur influence. L’État comprend donc bien vite le parti qu’il peut tirer du rôle que le public lui confie. Il sera l’arbitre, le maître de toutes les destinées : il prendra beaucoup, donc il lui restera beaucoup à lui-même ; il multipliera le nombre de ses agents, il élargira le cercle de ses attributions ; il finira par acquérir des proportions écrasantes.

 

Mais ce qu’il faut bien remarquer, c’est l’étonnant aveuglement du public en tout ceci. Quand des soldats heureux réduisaient les vaincus en esclavage, ils étaient barbares, mais ils n’étaient pas absurdes. Leur but, comme le nôtre, était de vivre aux dépens d’autrui ; mais, comme nous, ils ne le manquaient pas. Que devons-nous penser d’un peuple où l’on ne paraît pas se douter que le pillage réciproque n’en est pas moins pillage parce qu’il est réciproque ; qu’il n’en est pas moins criminel parce qu’il s’exécute légalement et avec ordre ; qu’il n’ajoute rien au bien-être public ; qu’il le diminue au contraire de tout ce que coûte cet intermédiaire dispendieux que nous nommons l’État ?

[…]

Au fait, l’État n’est pas manchot et ne peut l’être. Il a deux mains, l’une pour recevoir et l’autre pour donner, autrement dit, la main rude et la main douce. L’activité de la seconde est nécessairement subordonnée à l’activité de la première.

 

A la rigueur, l’État peut prendre et ne pas rendre. Cela s’est vu et s’explique par la nature poreuse et absorbante de ses mains, qui retiennent toujours une partie et quelquefois la totalité de ce qu’elles touchent. Mais ce qui ne s’est jamais vu, ce qui ne se verra jamais et ne se peut même concevoir, c’est que l’État rende au public plus qu’il ne lui a pris. C’est donc bien follement que nous prenons autour de lui l’humble attitude de mendiants. Il lui est radicalement impossible de conférer un avantage particulier à quelques-unes des individualités qui constituent la communauté, sans infliger un dommage supérieur à la communauté entière.

 

Il se trouve donc placé, par nos exigences, dans un cercle vicieux manifeste.

 

S’il refuse le bien qu’on exige de lui, il est accusé d’impuissance, de mauvais vouloir, d’incapacité. S’il essaye de le réaliser, il est réduit à frapper le peuple de taxes redoublées, à faire plus de mal que de bien, et à s’attirer, par un autre bout, la désaffection générale.

 

Ainsi, dans le public deux espérances, dans le gouvernement deux promesses : beaucoup de bienfaits et pas d’impôts. Espérances et promesses qui, étant contradictoires, ne se réalisent jamais.

 

N’est-ce pas là la cause de toutes nos révolutions ? Car entre l’État qui prodigue les promesses impossibles, et le public qui a conçu des espérances irréalisables, viennent s’interposer deux classes d’hommes : les ambitieux et les utopistes. Leur rôle est tout tracé par la situation. Il suffit à ces courtisans de popularité de crier aux oreilles du peuple : « Le pouvoir te trompe ; si nous étions à sa place, nous te comblerions de bienfaits et t’affranchirions de taxes. »

 

Et le peuple croit, et le peuple espère, et le peuple fait une révolution."

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5 décembre 2018 3 05 /12 /décembre /2018 21:30

La jacquerie actuelle est également le fruit de l’absence d’opposition au gouvernement.

Depuis 18 mois, il n’existe plus d’opposition dans ce pays. Depuis l’union sacrée de la première guerre mondiale, cela n’avait pas dû arriver, sauf peut-être quand la Chambre des députés du Front Populaire a confié la République et les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain en juin 40, c’est dire la rareté de la chose.

L'opposition est indispensable au bon fonctionnement d'une démocratie. On ne peut cependant aujourd'hui que constater l’absence d’opposition. La faute à qui ? La faute à Macron-mal-élu, la faute à Macron-fin-stratège, la faute aux opposants.

La faute à Macron-mal-élu. Avec Marine Le Pen face à lui au second tour, Emmanuel Macron était sûr d’être élu Président de la République dès le soir du 23 avril 2017. Cependant, il n’avait réuni sur son nom que 24% des votes exprimés au premier tour. Avoir été élu facilement au second tour ne lui a pas conféré un socle d’adhésion suffisamment solide pour braver les tempêtes. Pour être tranquille, Macron devait faire ce que Chirac a fait de 2002 à 2007 : rien, mais ce n’était ni sa volonté, ni ce dont notre pays avait besoin.

La faute à Macron-fin-stratège. Sorti de nulle part, Emmanuel Macron a torpillé le système et ses caciques. En confiant à des hommes de droite des portefeuilles stratégiques (Matignon, Bercy) alors qu’il sortait du sein de la gauche (où l'on peut se demander ce qu’il faisait, mais c’est un autre débat), Macron a marginalisé ses opposants. Les Républicains se sont déchirés pendant que le Parti Socialiste implosait. N’avaient plus voix au chapitre que des clowns (Mélenchon et Le Pen), qui peuvent nous faire rire un temps ou, comme dans « It », nous faire peur.

La faute aux opposants. Les Républicains sont absents, tout occupés à leurs querelles intestines. Les socialistes se sont donnés pour premier secrétaire Olivier Faure, à côté de qui même Jean-Marc Ayrault pourrait sembler avoir du charisme. Au final,  je dois confesser une sorte de vertige quand je pense que l’opposition au pouvoir en place (i.e. celle qui entend prendre sa place demain) est constituée, en France (5 ou 6ème puissance mondiale), de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Le Pen.

Pour la faire courte, les gens "normaux" (ceux qui ne sont ni des excités ni des apprentis-sorciers) qui ne sont pas d’accord avec ce que fait le gouvernement, n’ont, depuis 18 mois, aucune voix ou figure qui les représente ou parle en leur nom.

C’est profondément malsain et peut devenir dangereux. Cela peut expliquer, pour une part, la soudaineté de la mode du port du gilet jaune autour des ronds-points le soir et le week-end.

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4 décembre 2018 2 04 /12 /décembre /2018 21:33

- Qu’est-ce donc Philippe que ce tumulte ?

- C’est la gabelle, Sire, c’est la gabelle…

 

On pourrait imaginer cette conversation entre un ministre, fût-il premier, et son monarque.

La jacquerie des gilets jaunes m'inspire plusieurs réflexions.

La première et la plus évidente des réflexions est celle-ci : on ne tond jamais que les plus nombreux.

Le sel jadis, le carburant aujourd’hui, la réalité d’une politique fiscale, c’est qu’elle doit frapper le plus grand nombre pour rapporter. Pas pour être juste, ce n'est pas son objet, mais pour rapporter. Cela est, reste et restera la motivation première d’une politique fiscale. Nunc et semper. Ainsi, la TVA, impôt particulièrement aveugle et injuste, représente près de la moitié des recettes fiscales de l’Etat : 155 milliards sur 286 milliards en 2018. Si l’on a besoin d’argent, il faut prendre au plus grand nombre, taxer ce que tout le monde consomme. La recette est vieille comme Hérode. En 2012, Hollande avait voulu faire croire aux Français que les 30000 Français les plus riches allaient résorber le déficit de la France. Rappelez-vous le vrombissant « Mon ennemi c’est la finance ! », ou encore la fameuse taxe à 75%, qui a coûté plus cher qu’elle n’a rapporté !. Après avoir amusé le peuple un moment, arrivé au pied du mur, Hollande a fait la seule chose efficace qu’il pouvait faire : mettre un coup de bambou sur l’ensemble des contribuables en augmentant considérablement les impôts.

On peut trouver cela triste, injuste, dégueulasse, scandaleux, abracadabranstesque, mais c’est comme ça. Pour prendre efficacement de l’argent, il faut tondre la multitude.

Cependant, aujourd'hui encore, entendez-vous, dans nos campagnes, trublionner ces féroces trublions : rétablissez l’ISF ! Belle idée : l’ISF rapportait un peu plus de 5 milliards par an (contre 155 milliards pour la TVA...), soit à peu près rien, une goutte dans l’océan des dépenses publiques de gouvernements impécunieux. Mais on agite la revendication pour exciter le peuple. C’est simpl(ist)e, ça parle, c’est vendeur. Pauvre France…

 

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2 mars 2018 5 02 /03 /mars /2018 18:27

Entendue ce midi sur France Inter, Julie Gayet qui nous parle de la cérémonie des Césars de ce soir et de la parole des femmes qui y sera portée, notamment par elle, qui agit avec "quatre-z-associations" (sic).

Julie Gayet, vous savez, la copine à François Hollande. Elle promouvoit les femmes et la culture en quelque sorte.

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  • Fabrice Dayron
  • Chef d'entreprise, chroniqueur et écrivain.
Témoin intéressé de son époque.
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