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18 novembre 2014 2 18 /11 /novembre /2014 08:20

Entendez-vous, dans nos campagnes, non pas mugir ces féroces soldats, mais chanter ces voluptueuses sirènes ? Ceux qui en ont fait l’expérience vous le diront tous : il est difficile de garder la tête froide lorsqu’elles entonnent leur mélopée. Alors que quand Mireille Mathieu se met à chanter, neuf virgule trois individus sur dix ne perdent pas leurs moyens selon le dernier baromètre Ipsos.

Elles ont chanté, les sirènes, et tout d’abord dans l’espace. Je ne sais si vous l’ouïtes, mais c’est un instant de magie que je vous invite à découvrir. La sonde Rosetta qui a largué la semaine dernière le robot Philaé vient de livrer sur son compte internet la chanson de la comète Tchouri, à moins que ce ne soit la chanson de la sonde Rosetta elle-même, les scientifiques ne savent pas trop mais ma grand-mère est formelle : une sonde ne chante pas, et j’ai tendance à la croire car ça fait deux mois déjà qu’elle est sondée.

Laissez-nous donc rêver : décrétons que ce chant était celui de la comète. Ces quelques secondes d’un bruit qu’on trouverait ici-bas normal, anodin, banal ou simplement rasoir deviennent un moment de pure grâce et d’étonnement quand on sait que ledit bruit a été capté à un peu plus de 500 millions de kilomètres de chez nous. Se pourrait-il que là-bas aussi des sirènes cherchassent à perdre les marins intergalactiques au (long) cours de leur céleste navigation ?

Le chant des planètes est une idée parfaitement incongrue, vertigineuse au sens premier du mot, une idée tellement hors de portée de notre pauvre entendement. Elle nous confronte à l’infiniment grand. Elle nous renvoie à notre finitude. Elle nous remet à notre place, si petite, quelque part à l’intérieur de ce tout immense qui nous dépasse, nous enveloppe, nous absorbe, nous fascine.

Cette idée effrayante que nous ne sommes rien ou si peu de choses : écouter les comètes qui chantent ou regarder une photo de François Hollande, de ces deux façons de contempler le néant, je choisis sans ambages de larguer les amarres pour de galactiques contrées.

Cependant, le chant des sirènes est dangereux, et le ciel sait si elles ont chanté cette semaine. Elles sont venues susurrer des chants de guerre et de combat aux oreilles d’un Poutine qui n’a que mépris pour les pleutres qui gouvernent le monde, à la Maison Blanche en premier lieu ; des chants de guerre mais aussi des chants de gloire à l’adresse de la Russie éternelle qui a réussi à mettre dans sa main une Europe impuissante et dépendante de son énergie. Comment Poutine pourrait-il ne pas céder au charme de ces sirènes qui le caressent dans le sens du poil, lui et ses envies de puissance ?

Pourtant, la sirène est dangereuse, on ne le répètera jamais assez. Elle égare le Normand, lui fait perdre la direction de son champ de pommiers et le détourne de ses barriques de cidre. Elle l’amène vers des terres arides irriguées du sang de victimes immolées ; elle arme son bras au service d’une innommable barbarie qui ne recule devant rien, même pas devant l’outrecuidance de vouloir mêler Dieu à tout ça.

La semaine prochaine, je réécrirai ma chronique de fond en comble, ou bien alors je l’abrogerai, c’est la même chose et ça ne coûte pas très cher.

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  • Fabrice Dayron
  • Chef d'entreprise, chroniqueur et écrivain.
Témoin intéressé de son époque.
  • Chef d'entreprise, chroniqueur et écrivain. Témoin intéressé de son époque.

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