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13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 20:40

Je n’aurais jamais pensé être autant prémonitoire en vous confiant avant Noël ma crainte de voir le monde basculer quand nous avons l’esprit ailleurs.

On a tué en France la semaine passée les renégats qui osent penser et dessiner librement.

On a tué en France la semaine passée les représentants de l’autorité.

On a tué en France la semaine passée des juifs parce qu’ils étaient juifs.

On a tué en France la semaine passée des innocents qui se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment.

La dernière fois que ces mêmes évènements se sont produits simultanément, c’était entre 1940 et 1945. Comme en 1945, nous sommes descendus massivement dans la rue. Les media sont unanimes : il n’y avait jamais eu autant de monde dans les rues de France depuis la Libération. Sauf qu’à la Libération, quand les gens sont descendus dans la rue, c’est que l’ennemi était dehors. Parti. Raus, und schnell ! Nous, nous sommes descendus dimanche dans la rue alors que l’ennemi est encore là, un peu partout. Nous ne sommes pas plus courageux que nos aînés. Nous n’avions simplement pas le choix. 70 ans de paix, voilà qui nous avait presque fait oublier le bonheur simple de pouvoir se réveiller libre. Thucydide, qui se fait vieux par les temps qui courent, disait déjà qu’"il n’y a pas de bonheur sans liberté, ni de liberté sans vaillance".

La vaillance, nous en avons manqué. Immanquablement. Nous n’avons pas été assez fermes. 70 ans de paix, voilà le ronron qui s’installe et la vermine qui refleurit. On croit que la liberté c’est pour toujours. Les hommes libres oublient qu’ils sont libres, comme le bien-portant oublie qu’il est en bonne santé. L’idéal démocratique, une fois acquis, perd nécessairement de sa splendeur. Avant les évènements de la semaine passée, on pouvait penser que l’horizon de la République se résumait au RSA et à la CMU, on peut trouver plus enthousiasmant pour une jeunesse avide d’idéal.

J'ai eu l’impression dimanche que nous prenions conscience que nous sommes un grand peuple. Pénible certes, mais génial. Un peu comme une famille. On ne peut pas s’empêcher de se titiller, de se chamailler, mais nous ne serions pas les mêmes les uns sans les autres. On a nos boulets, nos « caves de choses inavouables », comme disait Paul Valéry, nos secrets, nos parts d’ombre, mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel, on l’a vu dimanche, est que nous soyons épris de liberté. Si nous avons failli, c’est surtout à nous estimer à notre juste valeur, celle d’un peuple extraordinaire.

De la même manière que les intégristes ne sont pas les musulmans, les Français ne sont pas les colonialistes, les croisés, les esclavagistes, les va-t-en guerre, les racistes, les salopards que les bonnes âmes anachroniques et relativistes qui écrivent l’histoire officielle enseignée à l’école de la république voudraient nous faire croire.

Mais quand on passe son temps à cracher sur notre histoire, quand on prend soin à ne regarder que nos défauts, faut-il s’étonner que des enfants, venus de l’immigration ou pas, aient du mal à aimer un pays qui se déteste ?

Oui, nous sommes un grand pays, et l’estime de soi n’est pas le mépris des autres. Aimons-nous, nom de Zeus ! Aimons-nous et soyons intransigeants : une police qui a les moyens d’agir et une justice qui pense aux victimes avant d’excuser les coupables sont les deux piliers essentiels de l’exercice de la liberté.

La semaine prochaine, je vous parlerai de la merveilleuse habileté du Président américain à mener une politique étrangère mais je risque de n’avoir pas grand-chose à vous dire.

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  • Fabrice Dayron
  • Chef d'entreprise, chroniqueur et écrivain.
Témoin intéressé de son époque.
  • Chef d'entreprise, chroniqueur et écrivain. Témoin intéressé de son époque.

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