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17 février 2015 2 17 /02 /février /2015 07:34

« Il ne voit pas que peu à peu tout se décompose

Et va droit à la tombe, épuisé de vieillesse. »

Lucrèce, De rerum natura

« Ils » ont gagné. « Ils », ce sont les intégristes musulmans, tous ceux dont la conception de l’islam n’est soluble ni dans la laïcité ni dans l’égalité homme-femme. « Ils », ce sont tous ceux contre lesquels nous avons marché le 11 janvier dernier, ceux qui en veulent à ce que nous sommes au plus profond de notre identité historique et culturelle, à notre ontologie, pour faire simple et chic.

Ils ont gagné. Pas au point de faire basculer le pouvoir, certes. Jamais une majorité n’approuvera les assassinats de Paris, Sydney ou Copenhague, ni la barbarie exercée contre d’innocentes victimes, simples civils, prisonniers de guerres, travailleurs humanitaires ou chrétiens d’orient. Mais leur véritable combat n’est pas là. Cela ne sert qu’à amuser la galerie, à faire sensation, à maintenir nos yeux rivés sur la seule face émergée de l’iceberg.

Dans un tour de magie, les gestes du magicien permettent de détourner l’attention du spectateur pour qu’il ne regarde pas là où les choses se font. La gestuelle attire l’œil pour masquer la duperie. De la même manière, les décapitations, les exécutions ciblées, aussi abjectes soient-elles, ne sont pas un but en elles-mêmes. Elles ne servent qu’à retenir notre attention pendant que le combat se poursuit ailleurs, sous une autre forme.

La véritable lutte est beaucoup plus insidieuse, pernicieuse, sournoise : il s’agit d’attenter à notre conception de la liberté, de brouiller nos repères, de déplacer le curseur de la tolérance, de l’acceptable, de faire bouger les lignes de front à l’intérieur de notre société.

Le combat, le vrai, leur combat, consiste à introduire le ver dans le fruit, à distiller doucement, incessamment, un venin ravageur ; ravageur mais pas foudroyant, un venin qui, sans heurts, presque sans violence, sans nous terrasser, paralyse peu à peu notre système intellectuel de défense immunitaire jusqu’à le faire abdiquer. Un jour prochain, nous nous réveillerons dans un pays où la liberté d’expression et la liberté de pensée seront mortes de leur belle mort, sans même avoir dû recevoir le coup de grâce.

Comment interpréter en effet les trop nombreux actes d’autocensure, sinon comme autant de signes de notre défaite ?

Que penser de l’afficheur Decaux qui refusait d’orner les colonnes Morris des affiches du dernier spectacle de Patrick Timsit parce qu’on y voyait l’humoriste accroché à une bombe, à côté du titre « on ne peut pas rire de tout » ?

Que penser aussi, plus confidentiel, de l’autocensure de l’artiste franco-algérienne Zoulikha Bouabdellah dont la mairie de Clichy n’a pas voulu exposer l’œuvre après avoir reçu des menaces à peine voilées ? L’exposition, il faut le dire, était particulièrement impie, puisqu’on y voyait 28 paires de talons aiguilles posées sur 28 tapis de prières : insoutenable !

Que penser aussi de la déprogrammation par le maire de Villiers sur Marne du film « Timbuktu » qui raconte l’enfer quotidien d’une ville après sa mise sous séquestre par les islamistes ?

Que penser encore, mais malheureusement pas enfin, de la décision en forme de pied-de-nez de Michel Houellebecq, de renoncer de lui-même à promouvoir son livre au titre évocateur et tristement prémonitoire : « Soumission » ?

La semaine prochaine, j’inviterai l’Angleterre à nous régler 165 milliards d’euro de dédommagement pour l’assassinat de Jeanne d’Arc afin de ne pas laisser à M. Tsipras le monopole du ridicule.

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  • Fabrice Dayron
  • Chef d'entreprise, chroniqueur et écrivain.
Témoin intéressé de son époque.
  • Chef d'entreprise, chroniqueur et écrivain. Témoin intéressé de son époque.

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