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4 février 2015 3 04 /02 /février /2015 14:55

On l’a enterrée en catimini début janvier, c’était la taxe à 75%, la « fameuse taxe à 75% » devrait-on dire. Loin des lazzis, des quolibets, j’appelle aujourd’hui au recueillement et voudrais en ce 153ème mercredi après « Moi-Président » prononcer l’éloge funèbre de la taxe à 75%. Je vous demande donc un peu de silence s’il-vous-plaît. Ça y est ? Merci.

Mes biens chers frères, mes biens chères sœurs, nous voilà aujourd’hui réunis dans la douleur autour de la dépouille de la taxe à 75%, qui nous a quittés début janvier.

Sa vie fut courte, certes, mais mouvementée, un peu comme une journée de travail de Walker Texas Ranger.

Elle naquit un jour de meeting électoral, où après avoir forcé sur le pousse café, galvanisé par une foule de crédules à laquelle il avait décidé de faire croire que le grand soir pouvait encore arriver, « Moi-pas-encore-Président » promit de taxer les revenus qui dépassaient un million d’euro par an, à hauteur de 75%.

Il s’agissait de faire gober à ceux qui voulaient bien l’entendre que 30.000 personnes allaient résorber le déficit des comptes publics de la France. Cela se passait quelques semaines seulement avant le lancement de la plus vaste opération de racket fiscal de tous les temps sur les « neuf-Français-sur-dix-qui-ne-paieront-pas-plus-d’impôts-l’année-prochaine » comme se plaisait à le dire Jean-Marc Ayrault sans que personne ne s’étrangle.

La question qui restera cependant sans réponse sera toujours la même : pourquoi 75% ? Ça manquait un peu de souffle. Pourquoi pas 80%, ou 100 % ou même 110%. Oui, ça aurait eu de la gueule, mais ça, c’est son côté premier de la classe à Hollande, toujours timoré, toujours trop bien élevé, il n’a pas osé.

La petite taxe à 75% connut des débuts bien difficiles. Recalée à son premier examen, celui du Conseil Constitutionnel à cause de son côté "vexatoire", elle réussit néanmoins à s’imposer dans une version remaniée. Au final, elle aura rapporté environ 400 millions d’euro par an, contre 71 milliards d’euro pour le classique impôt sur le revenu, soit à peine 20 fois moins et d’aucuns se demanderont : cela valait-il la peine de nous casser à ce point les pieds, les oreilles et les génitoires ?

La taxe à 75% dont nous pleurons ensemble aujourd’hui la disparition si précoce aura permis d’illustrer une des grandes leçons d’un économiste Français du XIXème siècle, Frédéric Bastiat, bien connu et enseigné ailleurs qu’en France où Lénine a des avenues quand lui n’a droit qu’à une rue confidentielle du 8ème arrondissement parisien, une des grandes leçons de Frédéric Bastiat disais-je, qui mettait en garde sur « Ce qu’on voit, et ce qu’on ne voit pas ».

Ce qu’on a vu en l’occurrence, avec notre regrettée taxe à 75%, c’est la volonté difficilement contestable de prendre l’argent « là où il se trouve ».

Ce qu’on n’a pas vu avec cette toujours fameuse taxe, c’est beaucoup plus, et bien pire.

Ce que l’on n’a pas vu, c’est cette débauche d’énergie, ce nombre de conseillers ministériels, de juges constitutionnels, de fonctionnaires des impôts, dépenser du temps et donc notre argent pour une chose aussi insigne et vaine.

Ce que l’on n’a pas vu, c’est la contre-productivité de la mesure. Le signal « anti-riches » envoyé au monde autour de nous était surtout un message clair aux investisseurs, aux entrepreneurs : quittez la France, partez ailleurs, ici vos avoirs ne sont pas en sécurité. C’est d’ailleurs ce qu’ils ont fait, les chiffres en attestent : l’investissement étranger s’est effondré en France ces dernières années.

Quand on n’aime pas les riches, comme « Moi-Président », cela n’est pas très grave. Quand on est un ouvrier au chômage qui y restera parce que les porteurs de projets sont partis les développer ailleurs, cela est plus gênant.

La semaine prochaine, je vous inviterai à réfléchir à la question « l’argent peut-il tout ? » à l’aune de la victoire de la France sur le Qatar en finale de la coupe du monde de handball.

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  • Fabrice Dayron
  • Chef d'entreprise, chroniqueur et écrivain.
Témoin intéressé de son époque.
  • Chef d'entreprise, chroniqueur et écrivain. Témoin intéressé de son époque.

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