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22 avril 2015 3 22 /04 /avril /2015 06:12

Il me souvient, amis poètes, de la semaine passée, à l’heure où le coq se mit à chanter et me surprit dans la douce torpeur du sommeil. Il me souvient, amis poètes, de ce moment où le soleil dardait ses premiers rayons, traçant dans l’obscurité le chemin de l’azur. Il me souvient de ma bêbête encore engourdie frayant sans vergogne dans les méandres des draps conjugaux, pardon, je m’égare… Mercredi matin dernier pour résumer, j’allumai la radio en empoignant mon rasoir, et non l’inverse, lorsque j’entends la voix de l’animatrice annoncer : « Aujourd’hui, mercredi 15 avril, c’est la Saint Paterne ».

La Saint Paterne ! Sincèrement, à part le type qui fabrique des crochets pour pendre son manteau, qui irait appeler son gamin « Paterne » ? J’avais une amie qui faisait des compotes et qui avait appelé sa fille « Materne », mais des Paterne, je n’en ai jamais croisé de ma vie, et tant mieux pour tous ces chanceux qui ont échappé malgré eux à ce triste prénom. La curiosité aidant, je suis allé jeter un petit coup d’œil au calendrier du préposé des Postes et Télécommunications, et là, j’ai bien dû me rendre à l’évidence : le calendrier est truffé de prénoms improbables et importables.

Sincèrement, il vous viendrait à l’idée d’appeler vos mômes comme cela ? 18 avril : Saint Parfait, du subjonctif ? 30 août, Saint Fiacre, pour les gars qui n’ont pas les moyens de se payer un taxi. 2 mai : Saint Athanase ? « Athanase ? Ouaich mec, t’as trop travaillé ! » Quant aux saints de glace, ceux que l’on doit attendre pour planter ses tomates, connaissez-vous leurs blases, à ces trois zigomars ? Le premier s’appelle Saint Gervais, pour un saint de glace, passe encore. Mais les autres, Saint Pancras, et Saint Mamers, n’avaient clairement aucune chance de postérité patronymique s’ils ne se fussent rendus utiles auprès des jardiniers. Je n’ai pas encore trouvé de Saint Isocèle ou de Saint Comédon, mais la quête des prénoms à coucher dehors peut réserver encore bien des surprises.

Imaginez l’enfance infernale qu’on dû affronter ces saints : les lazzis, les quolibets qui pleuvaient sur les pauvres Paterne, Ephrem ou Pancras dans la cour de récréation, sans vous parler des moqueries à la cantine, au moment du dessert, pour le petit Gervais. Pas étonnant que tous ces types soient devenus des chercheurs de Dieu. A l’instar de Job (dont je précise à l’intention des ignares qu’il n’est pas le saint patron des gens qui travaillent), à l’instar de Job, ils devaient s’interroger sur pourquoi tant d’injustice et en ont fini par gagner le paradis.

Je voudrais cependant relever deux intéressantes contributions à la modernité avec le 9 décembre une Sainte Léocadie, sainte clairvoyante annonciatrice du succès de la grande distribution. Pas plus tard qu’il n’y a pas longtemps, je croisais deux gueux sur le parking d’une grande surface, et alors que le premier s’interrogeait : « Léocadie ? » Le second répliquait incontinent : « Ben dans le parc à chariots ! » Deuxième exception, on fête le 23 janvier Saint Ildefonse, c’est véridique, Ildefonse qui, comme son nom l’indique, pourrait bien devenir le protecteur des futures salles de shoot de la république exemplaire. A part ça, on dit que nos églises se vident, mais il faut malheureusement reconnaître que l’Eglise ne fait aucun effort pour promouvoir des saints sympathiques avec des prénoms tendance dont la seule évocation permettrait de ramener les brebis égarées dans le giron du Seigneur.

La semaine prochaine, je vous parlerai de moi, l’un des sujets les plus passionnants que je connaisse.

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  • Fabrice Dayron
  • Chef d'entreprise, chroniqueur et écrivain.
Témoin intéressé de son époque.
  • Chef d'entreprise, chroniqueur et écrivain. Témoin intéressé de son époque.

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