Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
16 septembre 2015 3 16 /09 /septembre /2015 20:51

Le problème réel de l’afflux de migrants auquel nous sommes confrontés est, au-delà du drame humain, un terrible révélateur de l’essoufflement de notre vieux pays, de notre vieille civilisation, de l’impasse dans laquelle nous nous sommes volontairement enfermés depuis plus de cinquante ans.

Il est impossible de ne pas ressentir de compassion à l’égard de ces populations déracinées, déplacées, qui affrontent la peur, le froid, la faim, la mort pour rejoindre des terres plus douces, celles de l’Occident. En même temps, selon les sondages d’opinion, la majorité de Français est opposée à l’idée que leur pays accueille des migrants. Cela fait-il pour autant de la France un pays de salauds ? Certainement pas. La France était une terre d’asile qui a toujours su accueillir des populations en détresse, mais…

Mais la France n’avait alors rien d'autre à proposer que l’école de la république, l’apprentissage méticuleux de la langue, la fierté d’être Français, la chance de s’inscrire dans une histoire ininterrompue de grandeur, de Jeanne d’Arc à Verdun. Apollinaire, pour ne citer qu’un exemple parmi tant d’autres, récemment arrivé de Pologne, fut l’un des nombreux Français de fraîche date à courir défendre sa nouvelle mère-patrie en 1914… En ce temps-là, les gouvernants n’avaient jamais pensé charger le contribuable d’offrir au premier venu RMI, RSA, CMU, Aide Médicale d’Etat, j’en passe et des meilleurs : c’est le paradoxe de l’Etat-providence.

Nous avons bâti après-guerre et « perfectionné » sans cesse un système redistributif où le plus grand nombre possible d’allocataires reçoit la subsistance publique. Par un abus sémantique volontaire, la redistribution (je prends à Pierre pour donner à Paul) a été affublée du joli nom de solidarité (je donne aux nécessiteux).

Il devient interdit dès lors de contester le principe de la redistribution sinon à passer pour un affreux anti-social, voire pour un libéral (horreur !) : double hérésie, et double faute.

Il s’agit tout d’abord d’un abus de langage. Frédéric Bastiat avait remarquablement résumé l’économie de la redistribution (qui n’existait pas encore à son époque mais dont il voyait avec inquiétude poindre les prodromes) en une phrase lapidaire : « L’Etat est l’illusion à travers chacun essaie de vivre aux dépens de tous les autres ». Chacun et tout peuvent facilement trouver une justification qui permette de réclamer de vivre non de son labeur ou de son mérite mais de la cause qu’il représente et qu’il défend.

Au-delà de ce premier piège, le second effet beaucoup plus insidieux est l’asservissement de l’individu, le passage du sujet à l’assujetti, la promotion d’une société de « déresponsabilisés » : en baptisant le racket légal de l’impôt du sacro-saint nom de solidarité, c’est l’idée même de générosité qu’on a assassinée en la faisant sortir de la sphère privée pour la faire rentrer dans la sphère publique. Comment peut-on se sentir concerné par le miséreux du coin de la rue quand on se fait ponctionner le quart, le tiers, la moitié ou plus de son revenu pour alimenter le système ? L’autre n’est plus un être humain dont la dignité n’a pas moins de valeur que la mienne, l’autre n’est pas mon égal, l’autre ne nous renvoie plus le portrait souffrant de l’humanité, l’autre n’est rien de plus qu’un numéro de sécurité sociale, qu’une carte vitale, qu’un empêcheur de jouir en rond, qu’un nécessiteux dont la « solidarité nationale » prendra soin. Mais qui est cette dame, cette fameuse « solidarité nationale » ? Sans doute vit-elle en couple avec Madame Justice Sociale, autre vamp déshumanisante d’une société de numéros…

Terrés dans notre coin de France comme un reclus dans sa cellule qui en vient à craindre la lumière du jour, à l’abri du monde, de la concurrence, de la réalité de la mondialisation et des échanges, nous avons bâti un système merveilleux où chacun reçoit selon ses besoins selon le célèbre adage du prophète Mao, selon des besoins qui n’ont de cesse de croître.

Ce système idéal, merveilleux, utopique, ne peut pas tenir durablement, sauf à vivre à crédit et à endetter les générations futures, ce que tous nos dirigeants font sans vergogne ni courage depuis au bas mot une bonne trentaine d’années. Ce système qu’on fait perdurer par une sorte d’acharnement thérapeutique, ce système dont nous espérons secrètement comme les Grecs ne jamais avoir à payer le prix, ce système est en passe de céder sous la déferlante des migrants Syriens, Irakiens, Libyens… qui fuient la guerre et ne demanderaient certainement pas beaucoup plus que la paix.

Mais voilà, comment séparer le bon grain de l’ivraie ? Comment savoir qui vient chercher la liberté et qui la CMU ? Comment neutraliser l’aspirateur à pauvreté que constitue nécessairement un système social généreux dans un pays aux frontières ouvertes ? Effroyable question, impossible écheveau à démêler…

Le paradoxe de notre Etat-Providence, de tout Etat-Providence, c’est qu’il ne peut être que l’apanage d’une société d’égoïstes qui vivent renfermés sur eux-mêmes. Bâtir notre système social généreux impliquait, pour qu’il perdurât, d’en exclure le reste de l’humanité, au risque sinon de faire exploser la machine. Triste paradoxe que cette générosité discriminante dont la crise des migrants est le révélateur honteux. Pauvre société en train d’agoniser sous les effets ravageurs d’une boulimie de prestations sociales, nécrosée, léthargique, repue.

Partager cet article
Repost0

commentaires

Profil

  • Fabrice Dayron
  • Chef d'entreprise, chroniqueur et écrivain.
Témoin intéressé de son époque.
  • Chef d'entreprise, chroniqueur et écrivain. Témoin intéressé de son époque.

De l'esprit du blog

"...Ainsi dès qu'une fois ma verve se réveille

    Comme on voit au printemps la diligente abeille

    Qui du butin des fleurs va composer son miel

    Des sottises du temps je compose mon fiel..."   (Boileau)

Recherche

Pages