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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 16:37

Au soir du 6 mai 2012, me trouvant chez des amis de gauche (oui, même moi j’en ai !), je pronostiquai à l’annonce du résultat que Marine Le Pen se trouverait au second tour de la présidentielle de 2017. Je ne tire nulle gloriole de la réalisation de cette triste et évidente prédiction. Je souhaiterais simplement qu’elle permette à la gauche de se remettre enfin en question. La gauche est en effet la cause de cette situation, même si elle ne l’a voulue ni désirée.

C’est une constante de la gauche au pouvoir sous la Vème République que de permettre à l’extrême-droite de prospérer : Mitterrand élu en 1981, le Front National réalise aux législatives qui suivent un score historique et fait son entrée à l’Assemblée Nationale. Jospin arrive à Matignon en 1997, Jean-Marie Le Pen accède au deuxième tour de la présidentielle en 2002. Hollande est élu en 2012. Marine Le Pen sera indiscutablement qualifiée pour le second tour de la présidentielle en 2017.

L’origine de cette malédiction de la gauche au pouvoir réside dans l’ambiguïté idéologique du parti socialiste. Le parti socialiste souffre d’une chose (d’au moins une, mais de celle-ci sûrement) : il n’a pas fait son aggiornamento, il n’a pas encore tenu son congrès de Bad Godesberg, celui où son homologue allemand a fait le choix raisonné de la social-démocratie et de l’économie de marché.

La gauche paie, et à quel prix, le fait de n’avoir jamais officiellement renoncé au verbiage marxiste et aux lendemains qui chantent. Par paresse intellectuelle, par facilité, par fidélité à ses errements de jeunesse, par lyrisme, par démagogie, par nostalgie, par la puissance d’évocation du mythe révolutionnaire, la gauche française n’arrive pas à tourner le dos à ses vieilles lunes.

Or, nulle politique n’est possible dans le reniement de l’économie de marché : l’autre politique, celle qu’invoque la gauche de la gauche, celle des bons sentiments qui animent les belles consciences indignées, celle qui voudrait tordre le col à la réalité pour qu’elle épouse enfin ses désirs, cette politique n’existe pas, en dehors des colonnes d’Alternatives Economiques et des studios de France Culture. Sinon Chavez et son ami Mélenchon auraient eu raison, sinon Tzipras ne se serait pas heurté à un mur, sinon Cuba serait le paradis sur terre et  l’Union Soviétique nous aurait depuis longtemps prouvé la supériorité du socialisme sur le capitalisme.

L’acceptation des règles de l’économie de marché, i.e. l’adaption d’une vision politique à la réalité du monde tel qu’il est, est un travail difficile à faire. Il demande du courage. Ce travail, la gauche ne l’a jamais accompli. Deux raisons au moins peuvent expliquer ce défaut de clarification. Il pourrait d’une part révéler de trop fortes lignes de fractures entre des camarades qui deviendraient irréconciliables. Il empêcherait d’autre part le PS de jouer sur tous les tableaux, de manger à tous les rateliers si l’on préfère, et laisserait à sa gauche un espace politique qu’il doit estimer trop important pour s’en priver.

Le but n’est pas de psychanalyser le parti socialiste, mais les faits sont là, et les faits sont têtus comme disait Lénine : à l’approche de chaque grande élection, la gauche française a préféré la facilité de l’incantation révolutionnaire au discours rationnel : « Mon ennemi c’est la finance » clamait naguère le capitaine de pédalo.

Mais l’exercice du pouvoir ne se fait pas dans un meeting à Villepinte. Il nécessite de se confronter à la réalité, plutôt de s’y heurter, et de renoncer aux délires idéologiques pour mettre en œuvre une politique « réaliste » – bien que celle-ci soit sujette à débat et à caution, mais là n’est pas le sujet – une politique « réaliste » qui permette à la France de ne pas trop décrocher du peloton des nations développées et de ne pas courir droit à la faillite.

Cependant, l’indispensable et dur rappel à la réalité crée de la déception. Que deviennent ceux à qui on avait raconté une « belle histoire » ? Que deviennent ceux que l’on fait cocus quand la nuit de noce n’est pas même achevée ? Ils se précipitent immanquablement aux guichets du Front National où les accueille une Marine Le Pen crédible quand elle ressasse que droite et gauche sont tous les mêmes puisque les vainqueurs d’aujourd’hui mettent en œuvre, la politique des battus d’hier.

Quelques années plus tard, tout le monde déplore de voir le Front National progresser encore, d’élection en élection. Alors : tout ça pour quoi ? Pour avoir voulu faire miroiter des rêves de lune à des électeurs à qui l’on préfère flatter la croupe plutôt que de délivrer dans une analyse sensée, sérieuse (et ennuyeuse ?). Faut-il à ce point prendre le peuple pour un con que de le croire incapable de comprendre la réalité des choses ? Il faut en tout cas se bercer de dangereuses illusions qui aboutissent inévitablement à un constant résultat : la gauche de pouvoir se discréditant, discrédite avec elle les partis de gouvernement et fait naître de la rancune contre le « système » et ceux qui s’en réclament.

Avant d’hurler avec les loups et de dénoncer la montée des « populismes », il faut impérativement que ceux qui exercent le pouvoir se demandent par où ils ont péché.

Je gage qu’une gauche sensée, qu’une gauche réaliste dont le principal souci serait de réformer le pays dans les limites du réel, apporterait beaucoup plus au débat démocratique qu’une gauche utopique dont les glorieux ancêtres ont rempli fosses communes et goulags d’une humanité qu’ils prétendaient aimer.

J’estime indispensable l’aveu par le parti socialiste de sa conversion à l’économie de marché et l’adoption d’une posture réformiste et non révolutionnaire.

A ce prix, nous pourrons avoir en France un véritable et intéressant débat démocratique. A ce prix nous pourrons effectuer des choix réalistes. A ce prix nous pourrons espérer - et non rêver – de rendre notre avenir meilleur.

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commentaires

marie-sabine perry 17/11/2016 15:39

mais quel besoin alors d'une gauche? (ou d'une droite, d'ailleurs), "in medio stat virtus" la simple raison alliée à l'amour de la patrie ne serait elle pas lla bonne ligne de direction pour le pays?

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  • Fabrice Dayron
  • Chef d'entreprise, chroniqueur et écrivain.
Témoin intéressé de son époque.
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