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13 décembre 2016 2 13 /12 /décembre /2016 10:33

Dira-t-on jamais assez tout le mal qu’il faut penser du mandat devenu quinquennal du Président de la République Française ?

Le quinquennat s’est imposé comme un caprice. A l’épreuve du temps, il s’avère être une catastrophe.

Le quinquennat s’est imposé comme un caprice, en l’occurrence, à l’époque, celui d’un ancien Président de la République, Valéry Giscard d’Estaing, qui, vouant une haine farouche et tenace à Jacques Chirac, tenait absolument à l’empêcher d’égaler le record de longévité de François Mitterrand à la présidence de la république, lui qui s’était fait débarquer à la fin de son premier mandat.

Il est rare, sous la Vème république, de voir une proposition de loi, d’origine parlementaire, prospérer jusqu’à être soumise à un référendum. La frénésie législative des gouvernements, quels qu’ils soient, ne permet qu’à très peu de textes d’origine réellement parlementaire d’aboutir.

Mais Valéry Giscard d’Estaing n’était pas un simple élu. Il était un ancien président de la république qui pouvait se prévaloir de son expérience pour faire accroire qu’icelle l’avait convaincu de la nécessité de réduire de 7 à 5 ans la durée du mandat présidentiel. Il était également l’allié objectif d’un gouvernement de gauche porté au pouvoir par la dissolution de 1997, une gauche persuadée que, dans la foulée de son succès aux législatives, plus on rapprocherait l’échéance de la prochaine présidentielle, plus elle aurait de chance de s’installer à l’Elysée ; en clair que 2002 valait mieux que 2004, on connaît la suite.

Mais comment faire passer une modification de la Constitution, ce n’est quand même pas rien, inspirée par l’esprit de vengeance et le calcul politique ? Il fallait habiller la mariée. Et là, quelque génie du marketing politique trouva l’argument choc : le quinquennat, c’était moderne !

Fin du débat, on ne remet pas en cause la modernité, sauf à passer pour un réac ou un vieux schnock. Même s’il peut être intéressant de se demander en quoi le quinquennat est moderne, cet attribut essentiel et unique lui valut à l’époque d’échapper à toute discussion. De débat, dans les faits, il n’y en eut pas, ou si peu, que le peuple unanime marcha droit au quinquennat sans que l’on comprît à un moment la profonde remise en cause de nos institutions qui en découlait.

A l’épreuve des faits, le quinquennat s’avère être une triple catastrophe.

Premier défaut majeur, il crée des situations politiques déséquilibrées en soumettant notre système politique à de violents et fréquents coups de balancier. Le quinquennat fait déferler au Palais Bourbon les troupes du chef du parti dominant quelques semaines après que celui-ci s’est installé à l’Elysée. Cet enchaînement logique de deux victoires fait pousser des ailes dans le dos aux vainqueurs et ouvre la porte à tous les excès législatifs, qu’on pense par exemple à la fameuse taxe à 75% de Hollande. Certes, la France restant un état de droit, le Conseil Constitutionnel veille au grain et intervient parfois pour tempérer les enthousiasmes, mais que de temps perdu, que d’énergie gaspillée pour rien, quel préjudiciable climat d’insécurité juridique. Si ce mouvement de balancier peut s’observer à chaque changement de mandature, le couplage systématique des postes de président et de premier ministre dans une même famille politique qu’impose le quinquennat renforce indubitablement l’élan insufflé dans les urnes.

Par ailleurs cinq années passent vite. C’est le second défaut majeur du quinquennat : il nous fait vivre dans un insupportable état d’élection permanente. L’approche d’une période d’élection n’est jamais bonne : elle fige les décisions, ralentit la vie du pays tout entier en même temps qu’elle sonne le début d’un sempiternel concours de démagogie, dont beaucoup de choses sortent mais peu qui font honneur à l’intelligence. L’action politique, qui s’épanouit assez naturellement au royaume de courte-vue, se trouve par la vertu du quinquennat encore plus subordonnée à la double dictature de l’instant et de l’émotion. Le temps d’une action réelle, en profondeur, le temps de la mise en œuvre de vraies réformes se réduit dans le quinquennat à une année, 18 mois tout au plus, après lesquels le pouvoir se concentre déjà sur l’après. Ce qui a toujours été vrai d’un premier ministre, d’un chef de majorité, s’est étendu avec le quinquennat au principal personnage de l’Etat, le ravalant au rôle de chef de camp.

C’est là le troisième et principal vice de ce détestable quinquennat : il n’y a plus à la tête du pays de Chef de l’Etat, mais seulement un chef de parti. Il n’y a plus d’homme (ou de femme, l’heure n’est pas encore venue) qui incarne notre pays, qui permette aux citoyens de s’identifier, de mettre un visage sur le mot France. Il n’y a plus, dans les faits, de Président, il ne reste qu’un chef de camp alors que sa moindre fonction n’est pas de représenter son pays.

Cela n’a pas été vrai pour Jacques Chirac en 2002, compte tenu du contexte particulier de son élection et du fait que l’on savait dès 2002 qu’il ne rempilerait pas. En revanche, cela l’a été pour Nicolas Sarkozy, dont la personnalité agitée et un tantinet autoritaire n’a sans doute fait qu’amplifier le phénomène. Quant à François Hollande, il aura pris soin de dégrader la fonction avec un rare empressement, de ses sorties matutinales en scooter à ses confidences indignes.

Même si la question ne se pose plus, il est parfaitement grotesque que François Hollande eût dû passer par la primaire de la gauche pour se présenter à sa propre succession. Car enfin, cet homme, quelle que soit la considération qu’on a pour lui, est tout de même le Président de la République. Il ne tire pas sa légitimité d’une primaire de la gauche, mais de la nation tout entière. Il n’a besoin d’aucune onction pour avoir le droit de se présenter à sa propre succession. Cette prise de position du P.S. qui entendait contraindre François Hollande à passer par les fourches caudines de la primaire de la gauche démontre ce qu’est devenu le Président de la République version quinquennat : un simple chef de parti soumis à la manie trotskyste de la révolution permanente.

Incarner notre pays, donner corps à une idée - la France - est certainement l’une des prérogatives les moins perceptibles et les plus indispensables du Président de la République, plus encore dans une période troublée : le septennat le permettait en conférant au Président de la hauteur et de la longévité.

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  • Fabrice Dayron
  • Chef d'entreprise, chroniqueur et écrivain.
Témoin intéressé de son époque.
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