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4 mars 2017 6 04 /03 /mars /2017 18:56

Ouvrant le festival du Printemps de Bourges, Pierre Desproges avait commencé son discours par « Monsieur Le Maire communiste de Bourges (comment peut-on ?) ».

Un « comment peut-on » que l’on pourrait reprendre à l’égard des deux candidats des grands partis de gouvernement à cette élection présidentielle.

Comment peut-on voter Benoît Hamon ? Comment peut-on voter François Fillon ?

Comment peut-on voter Benoît Hamon ? Il est désolant que le « peuple de gauche » ait choisi un trublion comme candidat du seul parti de gauche à pouvoir prétendre gouverner. Sur le fond, en effet quel crédit accorder aux propositions iconoclastes (pour rester poli) de M. Hamon ?

Les 32 heures : si la baisse du temps de travail avait créé le moindre emploi, nous vivrions heureux au pays du plein emploi en France. Mais les faits sont là : les pays où l’on travaille le plus sont ceux où il y a le moins de chômage. Les idéologues qui peuplent les coulisses du Parti Socialiste ne savent raisonner que dans une optique malthusienne de répartition de la pénurie au lieu de s’atteler à la création de richesse, seul véritable moteur de la création d’emploi. La baisse du temps de travail s’est faite principalement au détriment des salariés qui ont dû sacrifier sur l’autel des RTT leur pouvoir d’achat et leur confort de travail.

La taxation des robots : encore une idée reçue et fausse. Idée reçue : les robots tuent l’emploi. Idée fausse : les pays les plus robotisés au monde sont également ceux où le chômage est le plus faible. Qu’un candidat à la présidentielle puisse encore en être à ce stade de raisonnement en 2017 montre la pauvreté de la culture économique de nos élites et leur méconnaissance parfaite du monde réel. On peut certes « regretter le temps des lampes à huile et de la marine à voile » disait déjà le Général de Gaulle, mais un pays qui ne s’adapte pas est un pays qui meurt. Cette taxation fantaisiste (on ne peut au moins faire grief à M. Hamon de manquer d’imagination à défaut de bon sens) ne peut conduire qu’à une réduction de l’investissement, à rétrograder encore notre pays dans la compétition internationale ; un retard qui se paiera cash en terme de chômage, dont seront en premier lieu victimes les populations les plus fragiles.

Le revenu universel. Merveilleux aspirateur à pauvreté qui ne répond pas à une question fondamentale : mais qui paie ? Il est vrai que chez M. Hamon, la dette publique doit être faite pour ne pas se rembourser. Idée généreuse et perverse car elle maintient dans la pauvreté et l’assistanat des populations à faible niveau d’éducation en les empêchant de sortir de la dépendance. Le revenu universel repose au fond sur une conviction simple et crétine : pour nourrir un homme, il vaut mieux lui donner du poisson que de lui apprendre à pêcher. Lui donner la becquée de la subsistance publique est plus facile que de le former pour qu’il puisse s’intégrer dans le monde changeant et global du travail. C’est plus vendeur dans un isoloir, mais ravageur sur le long terme ; on en perçoit les effets dévastateurs chaque jour.

Je m’arrêterai à ces trois exemples, en remarquant simplement que ces mesures produisent des effets rigoureusement opposés à leur volonté de départ en aboutissant à fragiliser les plus faibles : c’est tout le paradoxe du socialisme, mais c’est un autre sujet qui mériterait plus que quelques lignes.

Coluche disait de Daniel Gérard, qu’à choisir entre le talent de Bob Dylan et le chapeau de Bob Dylan, il avait pris le chapeau. Benoît Hamon, lui, avait le choix entre le talent de Mélenchon et les idées de Mélenchon. Il a pris les idées. Il est tout de même désolant qu’un parti de gouvernement comme le PS en soit réduit à une candidature de témoignage, celle du clone sans charisme de Mélenchon, doté, lui au moins, d’un indéniable talent de bateleur de foire. Benoît Hamon n’est pas un candidat sérieux. Il ne doit sa victoire à la primaire de la gauche qu’à l’inéluctable capital d’antipathie accumulé par le caporal Valls. Sa candidature participe de la déliquescence du système, elle sonne à la fois comme cause et conséquence de la perte de confiance des électeurs dans les partis de gouvernement.

Autre question sans réponse : comment peut-on voter François Fillon ? Voilà l’homme qui va réussir à faire perdre à la droite l’élection immanquable de 2017. Au premier jour des révélations concernant l’embauche de son épouse et de ses enfants, il devait se retirer. Au lieu de cela, il persiste, signe, s’entête, s’obstine, enfermé dans sa tour d’ivoire. Car ses agissements passés, s’ils n’ont rien d’illégal (ce qui reste encore à démontrer par une justice particulièrement diligente) l’ont disqualifié. Au-delà des faits, c’est le mensonge qui n’est pas pardonnable, venant surtout d’un candidat champion de la probité et de l’intégrité. François Fillon emmène la droite dans le mur : cette élection qui leur était offerte sur un plateau, Les Républicains sont en train de la transformer en une mauvaise farce.

Ceux qui devaient être les deux « grands » candidats de cette élection présidentielle sont hors course, l’un et l’autre parce qu’ils ne sont pas crédibles, chacun pour des raisons différentes. Pendant ce temps, Emmanuel Macron est en passe de réaliser le plus grand hold-up électoral de la Vème république : et pourquoi pas ?

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  • Fabrice Dayron
  • Chef d'entreprise, chroniqueur et écrivain.
Témoin intéressé de son époque.
  • Chef d'entreprise, chroniqueur et écrivain. Témoin intéressé de son époque.

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