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18 octobre 2017 3 18 /10 /octobre /2017 18:56

Rappel des épisodes précédents : M. Phou reçoit la visite de Phamxiphanh, un employé zélé de la Lao Beer Company. Phamxiphanh part dans des explications ubuesques sur le fonctionnement de la Lao Beer Company et son travail au Bureau des Véhicules Accidentés. Il finit par dire à M. Phou qu’il est venu établir un rapport sur les circonstances de l’accident. Les épisodes précédents se trouvent à la suite.

 - Vous n’êtes pas là pour rapporter la bière ? demanda Monsieur Phou.

Phamxiphanh rit de bon cœur :

 - Ah non ! Pas du tout. Cela ne correspond pas à la mission du Bureau des Véhicules Accidentés. Que vous êtes drôle, vieil homme ! Il y avait bien, par le passé, à la Lao Beer Company un Bureau de Récupération des Bouteilles Pleines Egarées, que tout le monde connaissait à la Lao Beer Company sous le nom de BRBPE. Bref, le BRBPE a été supprimé par la Direction de l’Organisation dans le cadre du grand Plan Quinquennal de Réaménagement, il y a environ six mois de cela. Les membres de la Sous-direction des coûts, qui se sont inspirés des dernières méthodes enseignées dans les plus grandes écoles de commerce du monde ont calculé que ça coûtait trop cher de venir récupérer la marchandise disséminée comme ça. Trop de temps passé. Trop cher. Tout ça pour vous dire que le BRBPE a disparu. Du coup la marchandise reste ici.

 - Vous voulez dire ici ? insista Monsieur Phou, incrédule.

 - C’est ça, ici !

 - Il faudra la boire alors, pensa tout haut Monsieur Phou

 - Impossible ! trancha Phamxiphanh d’un ton sec. La marchandise est la propriété de la Lao Beer Company. Elle doit rester ici, et si quelqu’un y touchait, ce serait un vol.

Décidément, ça devait être peuplé de drôles de zigotos la Lao Beer Company

 - Mais, si vous l’abandonnez ici ?

 - Qu’importe ! La Note d’Organisation qui a suivi trois mois après la fermeture du BRBPE a été parfaitement claire sur ce sujet en définissant la règle du PTPT : Pas Toucher, Pas Trinquer !

Mieux valait ne pas s’étendre. Avec de tels hurluberlus, on n’était à l’abri de rien.

 - Vous n’êtes donc pas là pour rapporter les bières, me disiez-vous.

 - Non ! Là où elle est, elle ne peut intéresser personne. Ce que j’ai besoin de comprendre, c’est comment tout cela est arrivé. Comment le camion a failli emporter votre maison.

 - N’exagérons rien, temporisa Monsieur Phou.

 - Tout de même. Vous vous trouviez forcément ici quand c’est arrivé.

 - Ici même dit Phou. Sur ce même fauteuil. C’est là que je passe le plus clair de mes journées depuis que ma fille et mon gendre ont pris ma place aux champs.

 - Alors, racontez-moi, qu’avez-vous vu ?

 - J’ai vu le camion faire une embardée à droite, une embardée à gauche et puis venir se coucher tout doucement, ici, juste à côté de ma maison.

La fille de Monsieur Phou arriva à cet instant, chargée de l’eau qu’elle venait d’aller chercher au robinet public, à 5 bonnes minutes de marche du village, 5 minutes sans mollir et à vide.

 - Bonjour dit-elle

 - Bonjour répondit Phamxiphanh en s’inclinant à nouveau de façon parfaitement grostesque. Laissez-moi me présenter.

Alors qu’il inspirait pour prendre sa respiration avant de débiter son laïus, Monsieur Phou anticipa :

 - Ma fille, dit Monsieur Phou, en la désignant. Puis il ajouta à son attention : c’est le Monsieur de la Lao Beer Company qui vient se renseigner sur les circonstances de l’accident.

 - C’est exactement ça, Madame ! Etiez-vous vous-même présente quand s’est produit l’accident ?

 - Oh que non ! J’ai bien trop à faire entre le travail aux champs et la tenue de mon foyer pour paresser au bord de la route.

 - Vous n’avez donc rien vu ?

 - Rien.

 - Et vous-même, vieil homme, n’avez-vous vraiment rien vu d’autre ? Essayez de faire un effort.

 - Non, je ne me souviens pas, le camion qui danse et se couche…c’est tout, je crois.

 - Pardon vieil homme, mais vous croyez ou vous êtes sûr ?

 - Je crois que je suis sûr ! A mon âge, vous savez, la mémoire joue parfois des tours. Mais pourquoi toutes ces questions ?

 - Eh bien voilà : Saï, le chauffeur, a indiqué avoir perdu le contrôle de son camion à cause d'un facteur exogène. 

« Décidément, ça devait être peuplé de drôles de zigotos la Lao Beer Company… »

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  • Fabrice Dayron
  • Chef d'entreprise, chroniqueur et écrivain.
Témoin intéressé de son époque.
  • Chef d'entreprise, chroniqueur et écrivain. Témoin intéressé de son époque.

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