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25 octobre 2017 3 25 /10 /octobre /2017 09:48

Rappel des épisodes précédents : Phamxiphanh, l'employé de la Lao Beer Company, explique à M. Phou que la Lao Beer Company ne viendra pas chercher la marchandise, mais qu’il est interdit d’y toucher. qu'il n'est pas là pour reprendre la marchandise. Il se perd à nouveau en conjectures et arrive enfin à son sujet : les circonstances de l’accident, sur lesquelles Monsieur Phou ne souhaite bien entendu pas s’étendre.

 

 - Eh bien voilà, dit Phamxiphanh : Saï le chauffeur a indiqué avoir perdu le contrôle de son camion à cause d’un facteur exogène.

 - D’un quoi ?

 - D’un facteur exogène. La Note d’Organisation de notre précédent service, le Bureau des Avaries Automobiles, le B.A.A., vous vous rappelez, qui n’existe plus certes mais en l’absence d’une nouvelle Note d’Organisation, c’est sur elle que je dois m’appuyer pour mener à bien ma mission, bref, cette note d’organisation définit deux types de facteurs pour expliquer les accidents. Les indigènes, ou indogènes, ou endogènes, je ne me souviens jamais, et les exogènes, ceux-là je m’en souviens toujours à cause de l’oxygène qui lui ressemble beaucoup et vu que j’aimais beaucoup la chimie à l’école…

 

Monsieur Phou bailla ostensiblement. Il n’était pas homme à ne pas respecter les convenances mais ce zigomar commençait à lui peser sur les sandales.

 

 - Pardon je m’égare reprit Phamxiphanh. Les indogènes c’est donc quand la cause de l’accident vient du camion ou du chauffeur : inattention, panne mécanique, crevaison, tout ça. Les exogènes, c’est quand la cause de l’accident est extérieure : un arbre cassé au milieu de la route, une coulée de boue pendant la saison des pluies, un enfant ou un animal qui traverse.

 - Un animal qui traverse, dites-vous ? L’esprit de Monsieur Phou, perturbé jusqu’alors par cette histoire de bière abandonnée et non buvable, ne fit qu’un tour.

 - Oui.

 - Ah oui, alors, il me semble bien qu’il y avait un chien avant que le camion ne se renverse. Je crois bien que c’est pour éviter ce chien sur votre chauffeur a fait une embardée.

 - Ah, vieil homme, vous me rassurez ! Si vous me dites qu’il y avait un chien, les choses vont s’arranger.

 - Pourquoi ne me l’avez-vous pas demandé ? Vous avez de drôles de manière à la Lao Beer Company ! Vous ne pouvez pas appeler les choses par un nom simple et poser des questions clairement ?

 - J’avais besoin que vous me le disiez vous-même. Saï a été trop imprécis, le choc sans doute, incapable de me décrire la taille ou la couleur du chien. Vous êtes donc bien sûr qu’il y avait un chien ?

 - Vous n’en avez pas marre de prendre mon père pour un imbécile ! La fille de Monsieur Phou, fâchée, venait d’interpeller le pauvre Phamxiphanh qui pensait simplement à faire consciencieusement son travail. Pourquoi posez-vous dix fois la même question ? Si mon père vous dit qu’il y avait un chien, c’est qu’il y avait un chien. Les Phou ne sont pas des menteurs ! Même moi qui n’ai pas vu l’accident, je peux vous le certifier, qu’il y avait un chien, parce que la nuit même de l’accident, mon pauvre vieux père a fait un cauchemar. Trois fois de suite il a crié dans son sommeil : « Pousse-toi, sale bête ! » et il s’est réveillé en plein milieu de la nuit. Et qu’est-ce que vous voulez que ce soit cette sale bête qui devait se pousser ? Un dragon peut-être ? Faites croire ça aux enfants si vous voulez, mais moi qui ai les pieds sur terre, je peux vous dire que cette sale bête, c’était un chien !

Phamxiphanh blêmit un peu. Il s’en voulait d’avoir porté atteinte à l’honneur d’un vieil homme comme Monsieur Phou. Mais il avait quand même un rapport à faire.

 - Pardon vieil homme. Pardon Madame. Je ne voulais pas vous offenser. Je ne doute pas que vous ayez vu un chien traverser devant le camion conduit par Saï. Pas un instant. A quoi ressemblait-il, d’ailleurs ?

 - Saï ?

 - Non, le chien ! Je veux dire, était-il grand ou petit, était-il noir, ou blanc, ou roux, pouvez-vous me le décrire ?

 - Pardi ! soupira Monsieur Phou, vous m’en demandez beaucoup. Ma mémoire me joue parfois des tours et mes pauvres yeux sont bien fatigués, et…

 - Et notre patience a des limites, homme incorrect ! tonitrua la fille de Monsieur Phou. Je pense qu’il serait temps de laisser ce pauvre vieil homme en paix. Si vous voulez savoir des choses, allez-donc voir le chef de village, d’ailleurs je le vois là-bas qui s’approche. Et puis rembarquez-moi toutes ces bouteilles, que ça ne traîne pas ici.

 - Impossible Madame, ces bouteilles resteront là. Je l’ai déjà expliqué à votre père.

La fille de Monsieur Phou lui jeta un regard interrogatif et le vieil homme lui confirma d’un signe de tête.

 - Eh bien nous boirons à la santé de la Lao Beer Company ! ajouta-t-elle.

 - Impossible Madame, je l’ai déjà expliqué à votre père, précisa-t-il en se retournant pour aller rejoindre le chef de village qui s’approchait.

La fille de Monsieur Phou, éberluée, regarda son père. Celui-ci porta son index à sa tempe et la frappa trois fois.

 - Ils sont tous fous à la ville, conclut-il.

 

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  • Fabrice Dayron
  • Chef d'entreprise, chroniqueur et écrivain.
Témoin intéressé de son époque.
  • Chef d'entreprise, chroniqueur et écrivain. Témoin intéressé de son époque.

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