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10 septembre 2019 2 10 /09 /septembre /2019 16:03

La question, qui vaut également pour la gauche, peut surprendre tant la réponse par la négative semble s’imposer dans les décombres d’une droite en pleine déconfiture.

On a accusé la ligne « dure » de Wauquiez. Soit. Mais si la ligne « modérée » de LR avait dirigé le parti, le marasme actuel ne serait pas différent, pour deux raisons.

 

La première raison est que la droite paie sa nullité, son incapacité à gouverner la France.

Elle partage en cela dans les urnes le même traitement que le Parti Socialiste. Les électeurs ont voté avec leurs pieds. Ils ont pris acte de l’incapacité des gouvernants successifs, de droite et de gauche, à mettre la France sur les rails de la réussite.

Le succès de Macron est avant tout l’échec des partis de gouvernement traditionnels, de ce qui est devenu l’ancien monde. Si l’on fait le compte depuis 1981, 5 ans à gauche, 2 ans à droite, re-5 ans à gauche, puis 4 ans à droite, re-re-5 ans à gauche, puis 10 à droite et enfin, ça en devient une manie, de nouveau 5 ans à gauche. Les Français, en élisant Emmanuel Macron, ont simplement sanctionné ceux qui, pendant plus de 35 ans, leur ont tout promis puis tout repris, se sont reniés, ont trahi, sans jamais un jour se soucier de l’avenir du bateau France.

Ils ont sorti les sortants en portant raisonnablement leur choix sur un homme sensé, en refusant qu’un excité, de droite ou de gauche, n’emmène leur pays en terre aventureuse. Mais cette digue de bon sens pourrait un jour céder.

 

La seconde raison est que la droite « non-dure » est déjà chez Macron, qu’elle le reconnaisse ou non. Sur les plans économique et social, Macron a fait ce que beaucoup d’élus de droite avaient promis de faire sans jamais passer à l’acte, ce qu’aucun gouvernement de droite n’aurait osé faire. Quelle est, pour cette frange de gens plutôt libéraux sur le plan économique et sociétal, la valeur ajoutée qu’apporte la droite ? Aucune. La droite est décrédibilisée. La droite s’est décrédibilisée, elle-même, à force de turpitudes et de renoncement. Pourquoi choisir ceux-ci qui n’ont jamais tenu un engagement plutôt que celui-là qui n’a pas encore eu le temps de se renier et semble au contraire vouloir maintenir le cap. La droite a perdu tout avantage concurrentiel.

 

Existe-t-il donc un espace politique pour la droite de gouvernement ? Les opposants de droite à Emmanuel Macron, qui ont bien du mal à trouver une raison de s’opposer, ont parlé à tout bout de champ du « régalien », en prenant soin d’ailleurs de ne jamais le définir. Car, qu’est-ce que le « régalien », sinon l’exercice des fonctions régaliennes de l’Etat : monnaie, police, justice, défense.

Sur la monnaie, la France a confié à l’Europe ses fonctions régaliennes. Quant aux autres sujets, police, justice, défense, quelle voix a porté la droite ?

Ce n’est pas en agitant le chiffon rouge d’un « régalien » plutôt vide de sens que la droite retrouvera son souffle.

Ce n’est pas dans le domaine économique, où Macron-le-libéral, ne fait qu’appliquer ce que la droite a longtemps promis sans jamais oser tenir ses promesses.

 

Au fond, Macron ne fait que mettre en œuvre une politique raisonnable d’adaptation à la réalité du monde tel qu’il est. Cette politique devrait, a minima, faire consensus entre tous les compétiteurs (sérieux) pour le pouvoir. On peut avoir un avis sur le degré de la politique économique de Macron, trouver qu’il ne va pas assez vite, ou pas assez fort (ou le contraire si on est de gauche), mais on ne devrait trouver aucune différence de nature dans l’éventail politique des partis de gouvernement parce que la voie qu’il suit est le seul chemin empruntable. Les chimères socialisantes qui semblent malheureusement refaire florès dans les débris de la gauche n’ont jamais mené qu’à l’échec (et aux succès de l’extrême-droite). Notre pays n’a pas le choix d’une politique économique libérale et d’une ouverture sur le monde, soit dans une version social-démocrate, soit dans une version plus conservatrice. Que d’énergie économisée si les compétiteurs pour le pouvoir avaient l’honnêteté intellectuelle de le reconnaître !

Notre pays doit en effet être géré convenablement pour ne pas laisser filer déficits et dettes publiques. Nous avons donc besoin de gestionnaires. C’est un fait.

Mais la politique n’est pas de la gestion. La politique, c’est l’horizon, pas le comptage des gommes et des crayons.

 

C’est dans la définition d’un projet de société que la droite pourrait affirmer sa différence et trouver des pistes pour exister.

 

Emmanuel Macron, ratissant à gauche et à droite, ne peut pas formuler un projet de société cohérent.

Nous avons avec Macron avant toute chose un gouvernement de comptables, qui gère les masses, qui répartit la pénurie, qui essaie tant bien que mal de tendre vers certains équilibres budgétaires, qui essaie de progresser avec bon sens et pragmatisme. Mais de projet, point. De projet commun. De sens à l’action. D’objectif non chiffré. De ce pour quoi on demande aux gens d’aller travailler et de payer des impôts. De ce que nous voulons faire ensemble de notre beau pays. De sa grandeur. De notre avenir.

 

On nous parle, et cela est indispensable, de réforme du marché du travail, de réforme des retraites, de réforme à la SNCF, de réforme à l’école, mais on n’inscrit jamais cette démarche dans une perspective globale que l’on pourrait résumer dans ces quelques mots : qu’est-ce qui fait un pays ?

 

Dans un récent ouvrage, « La Demeure des Hommes » (éd. Tallandier), Paul-François SCHIRA s’interroge sur cette question, qui peut sembler secondaire (on ne parle pas de budget, de taxes, d’impôts ou de prestations sociales) mais qui est en fait primordiale car elle constitue la fondation sur laquelle l’édifice tout entier d’un pays repose : que faisons-nous ensemble ?

Sur la capacité à répondre à cette triple quête de sens, d’appartenance et de reconnaissance, la droite (et la gauche d’ailleurs) peut proposer un discours novateur et rassembleur.

Le « vivre ensemble » dont on nous rebat les oreilles ressemble un peu aux mots « démocratique et populaire » immanquablement accolés aux anciennes dictatures communistes. On en parle beaucoup pour combler son indéniable absence.

Combien je verse ? Combien je touche ? Voilà ce à quoi se résume tristement notre pays sans idées, en témoignent les difficultés endémiques de consentement à l’impôt et la revendication pour son groupe social de l’orientation de la dépense publique.

 

Il manque nécessairement à LREM du souffle, une vision, un projet. L’avenir politique de notre pays ne peut être laissé aux mains des gestionnaires, même si, à ce jour, nous avons grand besoin de gestionnaires capables de remettre de l’ordre dans 40 ans d’inconséquence de droite et de gauche.

 

Partager une vision, donner envie, proposer aux Français un projet loin des utopies et des chimères, voilà quel est à mon sens le chemin d’une droite condamnée sinon à disparaître.

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  • Fabrice Dayron
  • Chef d'entreprise, chroniqueur et écrivain.
Témoin intéressé de son époque.
  • Chef d'entreprise, chroniqueur et écrivain. Témoin intéressé de son époque.

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