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19 septembre 2019 4 19 /09 /septembre /2019 16:11

Aujourd’hui s’ouvre à Bobigny le procès de Mélenchon suite à ses incartades lors des perquisitions menées l’an passé notamment au siège de la France Insoumise.

Il est vrai que Mélenchon est presque devenu un non-sujet. Son score anormalement élevé lors de l’élection présidentielle (mais comment s’appelait déjà l’autre candidat socialiste ?...) a pu faire illusion (voire peur) un moment mais depuis cet accident historique, LFI et son lider maximo d’opérette pataugent gentiment, plus occupés par les querelles intestines et l’ego du chef que par le destin d’une classe ouvrière qui ne les a jamais rejoints.

Il serait bon que les juges amenés à se prononcer sur les agissements de Mélenchon soient sévères. Certes l’homme est un clown et on pourrait avoir tendance à rire de ses excès ou à minimiser ses pantalonnades. Sur le fond, Mélenchon n’a qu’un objectif : jouer son rôle de trublion. Comme Le-Pen-le-père, il ne souhaite pas le pouvoir. Il serait bien ennuyé s’il lui échoyait un jour : il ne saurait pas quoi en faire. En restant en permanence en dehors du jeu, il a tout loisir de critiquer, gloser, vomir sur le système (qui par ailleurs le nourrit) : sa situation est extrêmement confortable.

Cependant, Mélenchon franchit trop souvent les barrières de l’acceptable, nourrit des amitiés honteuses avec d’authentiques dictatures (Cuba ou le Venezuela) et participe d’un esprit de sape de notre système démocratique dommageable à tous les défenseurs de notre modèle de pouvoir basé sur les libres élections, la séparation des pouvoirs et le suffrage universel.

Dans « How democracies die » (Broadway Books - 2018), Daniel Ziblatt et Steven Levitsky, professeurs de sciences politiques à Harvard, décortiquent la façon dont des régimes démocratiques basculent dans l’autoritarisme. Ils s’alarment notamment (dans l’Amérique contemporaine mais leur analyse vaut pour notre vieille Europe) de la montée de l’intolérance et du rejet des autres compétiteurs pour le pouvoir qui font que ceux que l’on considérait comme des adversaires deviennent des ennemis. Les adversaires sont nécessaires en démocratie, alors qu’on doit se débarrasser de ses ennemis, fût-ce de manière expéditive.

Ils écrivent notamment : « Le processus commence souvent par des mots. Les démagogues attaquent ceux qui les critiquent dans des termes brutaux et provocateurs (…). Lors de sa première candidature pour la présidence, Hugo Chavez [l’idole de Mélenchon] décrivait ses opposants comme « d’immondes porcs » et « d’ignobles oligarques ». Une fois au pouvoir, ses critiques étaient devenus des « ennemis » et des « traîtres ». » On connaît la suite.

Ziblatt et Levitsky ont mis sur pied une grille d’analyse pour jauger l’appétence des hommes politiques à l’autoritarisme. Pour eux, il suffit qu’un seul des quatre critères suivants soit rempli pour se trouver en présence d’un candidat à l’autoritarisme :

  • Rejeter ou défendre mollement les règles du jeu démocratique et notamment contester le résultat des élections,
  • Nier la légitimité des opposants,
  • Tolérer ou encourager la violence des mots ou des actes,
  • Être prêt à restreindre la liberté des opposants, dont celle des media.

On peut difficilement les suspecter d’avoir commis un libelle anti-Mélenchon, cependant le parallèle est évocateur.

Le comportement de Mélenchon lors du jour qui lui vaut aujourd’hui son procès est celui d’un apprenti-sorcier qui aime trop jouer avec le feu pour ne pas être soupçonné de pyromanie. Si les juges décidaient de marquer le coup, c’est notre démocratie qui se porterait mieux.

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  • Fabrice Dayron
  • Chef d'entreprise, chroniqueur et écrivain.
Témoin intéressé de son époque.
  • Chef d'entreprise, chroniqueur et écrivain. Témoin intéressé de son époque.

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