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30 août 2017 3 30 /08 /août /2017 14:43

Au Laos, au pays du million d’éléphants, quelque part à l’ouest de la route qui va de Vang Vieng à Luang Prabang, un peu au milieu de nulle part, se trouve le village de B…

Dans ce petit village vivait M. Phou, de son vrai nom Phouxanhanthindeth, que tout le monde au village appelait M. Phou. M. Phou avait atteint un âge respectable et passait le plus clair de son temps assis au bord de la route pendant que sa fille et son gendre travaillaient aux champs. L’épouse de M. Phou était morte depuis bien longtemps maintenant. M. Phou habitait la dernière maison du village, ou la première maison du village, cela dépendait du sens dans lequel on arrivait à B….

La route était un spectacle toujours renouvelé. Cette route poussiéreuse était le cauchemar des ménagères. Dans un vain effort, elles l’arrosaient à intervalles réguliers pour tenter de figer au sol un instant ces maudits grains de poussière rouge qui maculaient insolemment tout ce qui les entourait.  La route était pourtant un spectacle toujours renouvelé, qui enchantait M. Phou. Il y voyait passer de vieux autobus qui transportaient les autochtones – un autobus marquait d’ailleurs l’arrêt au village une fois la semaine. Il voyait aussi de jolis minibus flambant neufs qui acheminaient les touristes de plus en plus nombreux venus découvrir la nature merveilleuse et sauvage de la région. Il y voyait encore des groupes de motards en vadrouille, des touristes bien sûr, les responsables du Parti qui passaient dans leurs gros pick-up coréens et les camions de ravitaillement qui apportaient aux épiceries des villages et des rares villes de quoi pourvoir aux besoins d’une population qui avait désappris l’autarcie à grande vitesse, avec la boulimie inévitable de qui découvre le « progrès ». Parmi cette longue et discontinue caravane qui passait devant chez lui chaque jour, M. Phou aimait particulièrement les motos de grosse cylindrée et les camions de la Lao Beer Company.

Les grosses motos des touristes en promenade, qui crachaient leur fumée dans un vacarme métallique, lui faisaient penser à d’immenses dragons de fer.

Les camions de la Lao Beer Company égayaient le paysage de verdure et de poussière de leur jolie couleur dorée. La production de la bière était au Laos un monopole d’Etat. Quelques marques occidentales tentaient bien, depuis quelques années, de percer sur le marché local, mais leurs ventes restaient symboliques à côté de l’immense machine « Beer Lao » qui installait les enseignes des goguettes jusque dans les endroits les plus reculés du pays, et Bouddha sait s’il n’en manque pas au Laos. La Lao Beer Company inondait le marché d’un breuvage agréable à boire, pas trop fort, et surtout bon marché.

La Lao Beer Company était une institution au pays du million d’éléphants : une entreprise gigantesque, organisée comme le Parti, dont d’ailleurs les dirigeants étaient souvent les frères ou les cousins des membres du Parti, qui siégeaient eux-mêmes au Conseil d’Administration : le bonheur du peuple impliquait que le Parti pourvût à ses besoins, celui de boire de la bière y compris.

M. Phou ne se lassait jamais du spectacle incessant de la route. C’était une distraction sans pareil, une représentation toujours renouvelée dont les acteurs éphémères lui adressaient souvent un salut en passant, une main agitée, un sourire, une tête qui hochait ; autant de « sabaïdee [1]» qui égayaient ses journées.

M. Phou aimait la route qui lui offrait parfois d’opportuns cadeaux, comme cette chaise en plastique tombée d’on ne sait quel chargement et qui avait atterri devant la porte de sa maison. Cette chaise sur laquelle il trônait désormais lui avait permis de se rapprocher de la route car le banc qu’il utilisait auparavant s’appuyait sur le mur fragile de sa maison. Il avait aussi, grâce à cette chaise, pris de la hauteur et rendu ses yeux moins vulnérables à la sempiternelle poussière qui jaillissait de toutes les roues.

La vie s’écoulait, douce et paisible, à B… Monsieur Phou ne nourrissait qu’une crainte, celle qu’un chauffeur imprudent ou qu’un chauffard invétéré ne vînt à verser trop près de sa maison et abimât son foyer. Non qu’il eut une grande valeur, mais il faudrait alors qu’il aide sa fille et son gendre à bâtir une nouvelle maison, et usé par une vie de travaux aux champs, Monsieur Phou aspirait au repos : s’installer au bord de la route, regarder l’incessant ballet des véhicules en buvant, de temps à autre car il avait peu d’argent, une Beer Lao.

« M. Phou aimait la route qui lui offrait parfois d’opportuns cadeaux, comme cette chaise en plastique tombée d’on ne sait quel chargement et qui avait atterri devant la porte de sa maison. »


[1] « Bonjour » en lao

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24 août 2017 4 24 /08 /août /2017 17:27

A compter de la semaine prochaine, chaque mercredi, je vous ferai partager les aventures de Monsieur Phou, un attachant vieillard Laotien.

La nouvelle, qui s'intitule "La première bouteille de bière... ou les petits incidents d'une vie bien rangée" paraîtra ainsi en épisodes courts pendant 22 semaines. J'espère que vous prendrez autant de plaisir à lire cette histoire que j'en ai eu à l'écrire.

Ceux qui préfèrent le coloriage à la lecture pourront s'y adonner également. Amélie Lehmann a en effet illustré cette nouvelle. Avec son superbe coup de patte, elle donne vie et relief au récit.

Rendez-vous le 30 août pour le premier épisode ! 

 

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4 mars 2017 6 04 /03 /mars /2017 18:56

Ouvrant le festival du Printemps de Bourges, Pierre Desproges avait commencé son discours par « Monsieur Le Maire communiste de Bourges (comment peut-on ?) ».

Un « comment peut-on » que l’on pourrait reprendre à l’égard des deux candidats des grands partis de gouvernement à cette élection présidentielle.

Comment peut-on voter Benoît Hamon ? Comment peut-on voter François Fillon ?

Comment peut-on voter Benoît Hamon ? Il est désolant que le « peuple de gauche » ait choisi un trublion comme candidat du seul parti de gauche à pouvoir prétendre gouverner. Sur le fond, en effet quel crédit accorder aux propositions iconoclastes (pour rester poli) de M. Hamon ?

Les 32 heures : si la baisse du temps de travail avait créé le moindre emploi, nous vivrions heureux au pays du plein emploi en France. Mais les faits sont là : les pays où l’on travaille le plus sont ceux où il y a le moins de chômage. Les idéologues qui peuplent les coulisses du Parti Socialiste ne savent raisonner que dans une optique malthusienne de répartition de la pénurie au lieu de s’atteler à la création de richesse, seul véritable moteur de la création d’emploi. La baisse du temps de travail s’est faite principalement au détriment des salariés qui ont dû sacrifier sur l’autel des RTT leur pouvoir d’achat et leur confort de travail.

La taxation des robots : encore une idée reçue et fausse. Idée reçue : les robots tuent l’emploi. Idée fausse : les pays les plus robotisés au monde sont également ceux où le chômage est le plus faible. Qu’un candidat à la présidentielle puisse encore en être à ce stade de raisonnement en 2017 montre la pauvreté de la culture économique de nos élites et leur méconnaissance parfaite du monde réel. On peut certes « regretter le temps des lampes à huile et de la marine à voile » disait déjà le Général de Gaulle, mais un pays qui ne s’adapte pas est un pays qui meurt. Cette taxation fantaisiste (on ne peut au moins faire grief à M. Hamon de manquer d’imagination à défaut de bon sens) ne peut conduire qu’à une réduction de l’investissement, à rétrograder encore notre pays dans la compétition internationale ; un retard qui se paiera cash en terme de chômage, dont seront en premier lieu victimes les populations les plus fragiles.

Le revenu universel. Merveilleux aspirateur à pauvreté qui ne répond pas à une question fondamentale : mais qui paie ? Il est vrai que chez M. Hamon, la dette publique doit être faite pour ne pas se rembourser. Idée généreuse et perverse car elle maintient dans la pauvreté et l’assistanat des populations à faible niveau d’éducation en les empêchant de sortir de la dépendance. Le revenu universel repose au fond sur une conviction simple et crétine : pour nourrir un homme, il vaut mieux lui donner du poisson que de lui apprendre à pêcher. Lui donner la becquée de la subsistance publique est plus facile que de le former pour qu’il puisse s’intégrer dans le monde changeant et global du travail. C’est plus vendeur dans un isoloir, mais ravageur sur le long terme ; on en perçoit les effets dévastateurs chaque jour.

Je m’arrêterai à ces trois exemples, en remarquant simplement que ces mesures produisent des effets rigoureusement opposés à leur volonté de départ en aboutissant à fragiliser les plus faibles : c’est tout le paradoxe du socialisme, mais c’est un autre sujet qui mériterait plus que quelques lignes.

Coluche disait de Daniel Gérard, qu’à choisir entre le talent de Bob Dylan et le chapeau de Bob Dylan, il avait pris le chapeau. Benoît Hamon, lui, avait le choix entre le talent de Mélenchon et les idées de Mélenchon. Il a pris les idées. Il est tout de même désolant qu’un parti de gouvernement comme le PS en soit réduit à une candidature de témoignage, celle du clone sans charisme de Mélenchon, doté, lui au moins, d’un indéniable talent de bateleur de foire. Benoît Hamon n’est pas un candidat sérieux. Il ne doit sa victoire à la primaire de la gauche qu’à l’inéluctable capital d’antipathie accumulé par le caporal Valls. Sa candidature participe de la déliquescence du système, elle sonne à la fois comme cause et conséquence de la perte de confiance des électeurs dans les partis de gouvernement.

Autre question sans réponse : comment peut-on voter François Fillon ? Voilà l’homme qui va réussir à faire perdre à la droite l’élection immanquable de 2017. Au premier jour des révélations concernant l’embauche de son épouse et de ses enfants, il devait se retirer. Au lieu de cela, il persiste, signe, s’entête, s’obstine, enfermé dans sa tour d’ivoire. Car ses agissements passés, s’ils n’ont rien d’illégal (ce qui reste encore à démontrer par une justice particulièrement diligente) l’ont disqualifié. Au-delà des faits, c’est le mensonge qui n’est pas pardonnable, venant surtout d’un candidat champion de la probité et de l’intégrité. François Fillon emmène la droite dans le mur : cette élection qui leur était offerte sur un plateau, Les Républicains sont en train de la transformer en une mauvaise farce.

Ceux qui devaient être les deux « grands » candidats de cette élection présidentielle sont hors course, l’un et l’autre parce qu’ils ne sont pas crédibles, chacun pour des raisons différentes. Pendant ce temps, Emmanuel Macron est en passe de réaliser le plus grand hold-up électoral de la Vème république : et pourquoi pas ?

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13 décembre 2016 2 13 /12 /décembre /2016 10:33

Dira-t-on jamais assez tout le mal qu’il faut penser du mandat devenu quinquennal du Président de la République Française ?

Le quinquennat s’est imposé comme un caprice. A l’épreuve du temps, il s’avère être une catastrophe.

Le quinquennat s’est imposé comme un caprice, en l’occurrence, à l’époque, celui d’un ancien Président de la République, Valéry Giscard d’Estaing, qui, vouant une haine farouche et tenace à Jacques Chirac, tenait absolument à l’empêcher d’égaler le record de longévité de François Mitterrand à la présidence de la république, lui qui s’était fait débarquer à la fin de son premier mandat.

Il est rare, sous la Vème république, de voir une proposition de loi, d’origine parlementaire, prospérer jusqu’à être soumise à un référendum. La frénésie législative des gouvernements, quels qu’ils soient, ne permet qu’à très peu de textes d’origine réellement parlementaire d’aboutir.

Mais Valéry Giscard d’Estaing n’était pas un simple élu. Il était un ancien président de la république qui pouvait se prévaloir de son expérience pour faire accroire qu’icelle l’avait convaincu de la nécessité de réduire de 7 à 5 ans la durée du mandat présidentiel. Il était également l’allié objectif d’un gouvernement de gauche porté au pouvoir par la dissolution de 1997, une gauche persuadée que, dans la foulée de son succès aux législatives, plus on rapprocherait l’échéance de la prochaine présidentielle, plus elle aurait de chance de s’installer à l’Elysée ; en clair que 2002 valait mieux que 2004, on connaît la suite.

Mais comment faire passer une modification de la Constitution, ce n’est quand même pas rien, inspirée par l’esprit de vengeance et le calcul politique ? Il fallait habiller la mariée. Et là, quelque génie du marketing politique trouva l’argument choc : le quinquennat, c’était moderne !

Fin du débat, on ne remet pas en cause la modernité, sauf à passer pour un réac ou un vieux schnock. Même s’il peut être intéressant de se demander en quoi le quinquennat est moderne, cet attribut essentiel et unique lui valut à l’époque d’échapper à toute discussion. De débat, dans les faits, il n’y en eut pas, ou si peu, que le peuple unanime marcha droit au quinquennat sans que l’on comprît à un moment la profonde remise en cause de nos institutions qui en découlait.

A l’épreuve des faits, le quinquennat s’avère être une triple catastrophe.

Premier défaut majeur, il crée des situations politiques déséquilibrées en soumettant notre système politique à de violents et fréquents coups de balancier. Le quinquennat fait déferler au Palais Bourbon les troupes du chef du parti dominant quelques semaines après que celui-ci s’est installé à l’Elysée. Cet enchaînement logique de deux victoires fait pousser des ailes dans le dos aux vainqueurs et ouvre la porte à tous les excès législatifs, qu’on pense par exemple à la fameuse taxe à 75% de Hollande. Certes, la France restant un état de droit, le Conseil Constitutionnel veille au grain et intervient parfois pour tempérer les enthousiasmes, mais que de temps perdu, que d’énergie gaspillée pour rien, quel préjudiciable climat d’insécurité juridique. Si ce mouvement de balancier peut s’observer à chaque changement de mandature, le couplage systématique des postes de président et de premier ministre dans une même famille politique qu’impose le quinquennat renforce indubitablement l’élan insufflé dans les urnes.

Par ailleurs cinq années passent vite. C’est le second défaut majeur du quinquennat : il nous fait vivre dans un insupportable état d’élection permanente. L’approche d’une période d’élection n’est jamais bonne : elle fige les décisions, ralentit la vie du pays tout entier en même temps qu’elle sonne le début d’un sempiternel concours de démagogie, dont beaucoup de choses sortent mais peu qui font honneur à l’intelligence. L’action politique, qui s’épanouit assez naturellement au royaume de courte-vue, se trouve par la vertu du quinquennat encore plus subordonnée à la double dictature de l’instant et de l’émotion. Le temps d’une action réelle, en profondeur, le temps de la mise en œuvre de vraies réformes se réduit dans le quinquennat à une année, 18 mois tout au plus, après lesquels le pouvoir se concentre déjà sur l’après. Ce qui a toujours été vrai d’un premier ministre, d’un chef de majorité, s’est étendu avec le quinquennat au principal personnage de l’Etat, le ravalant au rôle de chef de camp.

C’est là le troisième et principal vice de ce détestable quinquennat : il n’y a plus à la tête du pays de Chef de l’Etat, mais seulement un chef de parti. Il n’y a plus d’homme (ou de femme, l’heure n’est pas encore venue) qui incarne notre pays, qui permette aux citoyens de s’identifier, de mettre un visage sur le mot France. Il n’y a plus, dans les faits, de Président, il ne reste qu’un chef de camp alors que sa moindre fonction n’est pas de représenter son pays.

Cela n’a pas été vrai pour Jacques Chirac en 2002, compte tenu du contexte particulier de son élection et du fait que l’on savait dès 2002 qu’il ne rempilerait pas. En revanche, cela l’a été pour Nicolas Sarkozy, dont la personnalité agitée et un tantinet autoritaire n’a sans doute fait qu’amplifier le phénomène. Quant à François Hollande, il aura pris soin de dégrader la fonction avec un rare empressement, de ses sorties matutinales en scooter à ses confidences indignes.

Même si la question ne se pose plus, il est parfaitement grotesque que François Hollande eût dû passer par la primaire de la gauche pour se présenter à sa propre succession. Car enfin, cet homme, quelle que soit la considération qu’on a pour lui, est tout de même le Président de la République. Il ne tire pas sa légitimité d’une primaire de la gauche, mais de la nation tout entière. Il n’a besoin d’aucune onction pour avoir le droit de se présenter à sa propre succession. Cette prise de position du P.S. qui entendait contraindre François Hollande à passer par les fourches caudines de la primaire de la gauche démontre ce qu’est devenu le Président de la République version quinquennat : un simple chef de parti soumis à la manie trotskyste de la révolution permanente.

Incarner notre pays, donner corps à une idée - la France - est certainement l’une des prérogatives les moins perceptibles et les plus indispensables du Président de la République, plus encore dans une période troublée : le septennat le permettait en conférant au Président de la hauteur et de la longévité.

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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 16:37

Au soir du 6 mai 2012, me trouvant chez des amis de gauche (oui, même moi j’en ai !), je pronostiquai à l’annonce du résultat que Marine Le Pen se trouverait au second tour de la présidentielle de 2017. Je ne tire nulle gloriole de la réalisation de cette triste et évidente prédiction. Je souhaiterais simplement qu’elle permette à la gauche de se remettre enfin en question. La gauche est en effet la cause de cette situation, même si elle ne l’a voulue ni désirée.

C’est une constante de la gauche au pouvoir sous la Vème République que de permettre à l’extrême-droite de prospérer : Mitterrand élu en 1981, le Front National réalise aux législatives qui suivent un score historique et fait son entrée à l’Assemblée Nationale. Jospin arrive à Matignon en 1997, Jean-Marie Le Pen accède au deuxième tour de la présidentielle en 2002. Hollande est élu en 2012. Marine Le Pen sera indiscutablement qualifiée pour le second tour de la présidentielle en 2017.

L’origine de cette malédiction de la gauche au pouvoir réside dans l’ambiguïté idéologique du parti socialiste. Le parti socialiste souffre d’une chose (d’au moins une, mais de celle-ci sûrement) : il n’a pas fait son aggiornamento, il n’a pas encore tenu son congrès de Bad Godesberg, celui où son homologue allemand a fait le choix raisonné de la social-démocratie et de l’économie de marché.

La gauche paie, et à quel prix, le fait de n’avoir jamais officiellement renoncé au verbiage marxiste et aux lendemains qui chantent. Par paresse intellectuelle, par facilité, par fidélité à ses errements de jeunesse, par lyrisme, par démagogie, par nostalgie, par la puissance d’évocation du mythe révolutionnaire, la gauche française n’arrive pas à tourner le dos à ses vieilles lunes.

Or, nulle politique n’est possible dans le reniement de l’économie de marché : l’autre politique, celle qu’invoque la gauche de la gauche, celle des bons sentiments qui animent les belles consciences indignées, celle qui voudrait tordre le col à la réalité pour qu’elle épouse enfin ses désirs, cette politique n’existe pas, en dehors des colonnes d’Alternatives Economiques et des studios de France Culture. Sinon Chavez et son ami Mélenchon auraient eu raison, sinon Tzipras ne se serait pas heurté à un mur, sinon Cuba serait le paradis sur terre et  l’Union Soviétique nous aurait depuis longtemps prouvé la supériorité du socialisme sur le capitalisme.

L’acceptation des règles de l’économie de marché, i.e. l’adaption d’une vision politique à la réalité du monde tel qu’il est, est un travail difficile à faire. Il demande du courage. Ce travail, la gauche ne l’a jamais accompli. Deux raisons au moins peuvent expliquer ce défaut de clarification. Il pourrait d’une part révéler de trop fortes lignes de fractures entre des camarades qui deviendraient irréconciliables. Il empêcherait d’autre part le PS de jouer sur tous les tableaux, de manger à tous les rateliers si l’on préfère, et laisserait à sa gauche un espace politique qu’il doit estimer trop important pour s’en priver.

Le but n’est pas de psychanalyser le parti socialiste, mais les faits sont là, et les faits sont têtus comme disait Lénine : à l’approche de chaque grande élection, la gauche française a préféré la facilité de l’incantation révolutionnaire au discours rationnel : « Mon ennemi c’est la finance » clamait naguère le capitaine de pédalo.

Mais l’exercice du pouvoir ne se fait pas dans un meeting à Villepinte. Il nécessite de se confronter à la réalité, plutôt de s’y heurter, et de renoncer aux délires idéologiques pour mettre en œuvre une politique « réaliste » – bien que celle-ci soit sujette à débat et à caution, mais là n’est pas le sujet – une politique « réaliste » qui permette à la France de ne pas trop décrocher du peloton des nations développées et de ne pas courir droit à la faillite.

Cependant, l’indispensable et dur rappel à la réalité crée de la déception. Que deviennent ceux à qui on avait raconté une « belle histoire » ? Que deviennent ceux que l’on fait cocus quand la nuit de noce n’est pas même achevée ? Ils se précipitent immanquablement aux guichets du Front National où les accueille une Marine Le Pen crédible quand elle ressasse que droite et gauche sont tous les mêmes puisque les vainqueurs d’aujourd’hui mettent en œuvre, la politique des battus d’hier.

Quelques années plus tard, tout le monde déplore de voir le Front National progresser encore, d’élection en élection. Alors : tout ça pour quoi ? Pour avoir voulu faire miroiter des rêves de lune à des électeurs à qui l’on préfère flatter la croupe plutôt que de délivrer dans une analyse sensée, sérieuse (et ennuyeuse ?). Faut-il à ce point prendre le peuple pour un con que de le croire incapable de comprendre la réalité des choses ? Il faut en tout cas se bercer de dangereuses illusions qui aboutissent inévitablement à un constant résultat : la gauche de pouvoir se discréditant, discrédite avec elle les partis de gouvernement et fait naître de la rancune contre le « système » et ceux qui s’en réclament.

Avant d’hurler avec les loups et de dénoncer la montée des « populismes », il faut impérativement que ceux qui exercent le pouvoir se demandent par où ils ont péché.

Je gage qu’une gauche sensée, qu’une gauche réaliste dont le principal souci serait de réformer le pays dans les limites du réel, apporterait beaucoup plus au débat démocratique qu’une gauche utopique dont les glorieux ancêtres ont rempli fosses communes et goulags d’une humanité qu’ils prétendaient aimer.

J’estime indispensable l’aveu par le parti socialiste de sa conversion à l’économie de marché et l’adoption d’une posture réformiste et non révolutionnaire.

A ce prix, nous pourrons avoir en France un véritable et intéressant débat démocratique. A ce prix nous pourrons effectuer des choix réalistes. A ce prix nous pourrons espérer - et non rêver – de rendre notre avenir meilleur.

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4 novembre 2016 5 04 /11 /novembre /2016 08:12

Les journaux nous apprennent ce matin que les Afro-Américains ne voteront pas tous pour Hillary Clinton. Question en suspens : les Affreux-Américains voteront-ils tous pour Donald Trump ?

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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 21:38

Résultat du premier tour des régionales : bravo Monsieur Hollande ! C’est la principale leçon que je tirerai du scrutin d’hier, dont les résultats doivent conforter Hollande dans sa stratégie diabolique pour 2017 : se retrouver seul face à Marine Le Pen et en reprendre pour 5 ans.

Pour cela, Hollande a besoin de deux choses : faire prospérer le Front National et laminer la droite.

Faire prospérer le Front National n’est pas très compliqué : la gauche sait très bien faire et l’a déjà fait, en 1981 ou en 1997. En 2012, il a suffi de mener une campagne des présidentielles remplie de promesses intenables et non tenues, de discours anti-système suivis d’un retour dans le rang dès le pouvoir conquis. De « mon ennemi c’est la finance » à la taxe à 75%, du choc fiscal subi par tous, ménages et entreprises, aux ratés à répétition d’une république exemplaire, Hollande n’a pas mégoté pour faire prospérer l’extrême-droite. Cerise sur le gâteau : la politique de désistement menée dans certaines régions depuis hier. S’écharper avec un adversaire un jour puis appeler à voter pour lui le lendemain, détériore un peu plus le climat délétère de l’atmosphère politique, accrédite au final la thèse du « tous pourris » et de l’UMPS, si chère à Marine Le Pen.

Dans sa dramatique entreprise de réussite personnelle, Hollande peut compter sur l’aide précieuse de la droite la plus bête du monde. Nicolas Sarkozy en premier lieu, qui s’obstine à vouloir redevenir le chef du camp qu’il a fait perdre en 2012. Sarkozy a réussi à capitaliser un tel crédit d’antipathie que son entêtement à persévérer ne peut que nuire à son camp et à ses idées, sans parler de l’élégance qui aurait commandé de se retirer après le désaveu de 2012. Mais l’alternative à Sarkozy est incarnée par Alain Juppé, 70 ans depuis le 15 août 2015 : renouveau et jeunesse sont au rendez-vous ! La droite met de son côté depuis 2012 toutes les chances de réaliser une belle contre-performance, comme celle des européennes de l’an passé ou des régionales d’hier.

L’inéluctable redressement de notre pays ne passe pas par le Front National. Il passe par la conversion définitive du PS à l’économie de marché pour délivrer la gauche de ses inaccessibles rêves de lune qui, au final, nourrissent l’extrême droite. Il passe par l’émergence d’une droite renouvelée. Il passe surtout par une drastique réduction des pouvoirs, et donc de la capacité de nuire, conférés à une classe politique qui vit dans l’ignorance du monde réel.

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27 octobre 2015 2 27 /10 /octobre /2015 07:49

Angela Merkel s’est fendue il y a 10 jours d’une visite à Ankara dans le contexte tendu de la crise migratoire et estime avoir obtenu des progrès sur le dossier des migrants en le liant à la réouverture des négociations en vue de l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne.

Il ne s’agit pas d’un progrès, il s’agit d’une forfaiture. La Turquie ne fait pas partie de l’Europe. Ce n’est pas faire preuve d’ostracisme que de l’affirmer, c’est poser le constat d’une réalité géographique, culturelle, historique.

Un constat que confirme la politique étrangère menée par M. Erdogan, l’autocrate « islamo-conservateur » (appréciez l’euphémisme) au pouvoir en Turquie.

M. Erdogan n’a en effet jamais ménagé ses efforts pour aider à faire prospérer l’Etat Islamique. C’est par la Turquie que les djihadistes occidentaux rejoignent les rangs de l’E.I. C’est par la Turquie que le même Etat Islamique peut faire transiter et vendre au marché noir le pétrole qui est sa principale ressource financière. Depuis ses balbutiements, la Turquie est au moins l’alliée objective de l’Etat Islamique. L’E.I. est d’une part l’instrument dont voulait user Ankara pour se débarrasser de Bachar El-Assad en Syrie. L’E.I. est d’autre part l’opportun instrument avec lequel Ankara souhaite se débarrasser des Kurdes ; des Kurdes qui opposent depuis de longs mois une résistance héroïque aux islamistes de Daech et ont été pendant de trop longues semaines les seuls à le faire.

A cette époque, Ankara ne redoublait pas d’efforts pour soutenir des Occidentaux timorés. Cependant, à jouer avec le feu, on finit parfois par se brûler, et il aura fallu qu’un attentat fomenté par Daech se produisît sur le sol turc que le pouvoir amorce un début de changement de position.

Dans ces conditions, la relance de négociations pour l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne est une forfaiture. Elle est une insulte aux Kurdes. Elle est le paravent honteux de l’indécision et de l’impuissance européenne.

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26 octobre 2015 1 26 /10 /octobre /2015 08:50

Les Guatémaltèques ont élu un comique à la Présidence de leur République. Il n'y a pas de quoi en faire un plat : ce ne sont ni les premiers, ni les derniers !

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17 octobre 2015 6 17 /10 /octobre /2015 08:33

Manuel Valls a déclaré hier : "Il n'y a pas d'autre pays au monde où le premier ministre de la France puisse être né en Espagne". Merci, Manuel. Rika Zaraï n'aurait certainement pas dit mieux.

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Profil

  • Fabrice Dayron
  • Chef d'entreprise, chroniqueur et écrivain.
Témoin intéressé de son époque.
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"...Ainsi dès qu'une fois ma verve se réveille

    Comme on voit au printemps la diligente abeille

    Qui du butin des fleurs va composer son miel

    Des sottises du temps je compose mon fiel..."   (Boileau)

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